Une initiative citoyenne pour repousser les dealers
Dans le quartier animé de Saint-Michel à Bordeaux, une opération de végétalisation sauvage a transformé le paysage urbain. Le bar l'Adiu, situé en bas du cours Victor-Hugo, a pris l'initiative d'installer des dizaines de pots de fleurs dans l'espace public, créant une véritable barrière végétale contre le trafic de drogue.
Une réponse concrète à un problème persistant
Depuis une semaine, des oliviers majestueux dans des pots géants et des allées de lauriers reliés par des chaînes en acier ont redéfini l'espace du trottoir et de l'impasse Mauriac. Les contenants orange fluo ne passent pas inaperçus dans cette zone cosmopolite bien connue des autorités pour son trafic de stupéfiants et de cigarettes.
Victor Asseray, le responsable de l'Adiu, assume pleinement cette démarche avec un slogan clair : « Nous mettons un pot de fleurs pour un dealer ». Son objectif est simple : occuper l'espace vide pour repousser les vendeurs illégaux. « Comme la solution ne vient pas d'en haut, nous réagissons », explique-t-il, lançant un appel aux autres commerçants et riverains via les réseaux sociaux pour étendre l'initiative.
Des réactions contrastées dans le quartier
La nouvelle municipalité bordelaise reste prudente face à cette action citoyenne. Dans un communiqué du 17 avril, elle précise : « L'initiative observée avec intérêt devra être remise dans un cadre concerté ». Cette zone a précisément été ciblée par le nouveau maire Thomas Cazenave dans son plan de lutte contre l'insécurité, tout comme le reste du quartier Saint-Michel et le marché des Capucins.
Les réactions des habitants et commerçants sont partagées :
- Certains saluent l'initiative : « Bravo, c'est sympa, ce que vous avez fait, c'est très beau »
- D'autres critiquent une forme de séparatisme : « C'est une véritable frontière physique alors que ce quartier, c'est le contraire »
- Un serveur voisin déplore une privatisation de l'espace public
Une efficacité encore limitée
Malgré l'installation des végétaux et la présence policière accrue depuis l'élection municipale, le trafic persiste. Lors d'un reportage le 16 avril, trois propositions illégales ont été entendues sur seulement 50 mètres parcourus. Le personnel de l'Adiu se défend pourtant : « On est fiers de ce qu'on a mis en place », affirme Clément Baranger, employé du bar, précisant que les forces de l'ordre n'ont formulé aucun reproche.
Cette opération de végétalisation militante intervient dans un contexte où le bar l'Adiu, ouvert il y a trois ans à la place d'un restaurant en désuétude, a contribué à dynamiser cette partie du quartier avec sa cuisine gasconne et sa clientèle jeune. Un autre établissement, le Jacmé, participe également à cette revitalisation du bas du cours Victor-Hugo.



