Le 17 mai 1943, à Bacalan, la base sous-marine de Bordeaux, occupée par les Allemands, est visée par les bombes des Alliés. Une opération qui va mal se dérouler et se soldera par de nombreuses pertes humaines : 195 civils seront tués.
Une journée ensoleillée sous l'occupation
La journée est belle ce lundi 17 mai 1943. Le soleil brille. Tout le monde vaque à ses occupations sous le contrôle de l'armée allemande. Depuis le 27 juin 1940 et l'entrée des troupes de la Wehrmacht dans la ville pour rallier les lieux d'occupation, Bordeaux n'est plus « libre ». Seul le vent de printemps souffle relativement fort.
C'est à l'heure du déjeuner que les sirènes prévenant d'une attaque aérienne alliée se font entendre. Des avions de reconnaissance sont repérés. Ils forment un cercle au-dessus de la base sous-marine située au nord de Bordeaux. Cet énorme bloc de béton construit entre septembre 1941 et 1943 par 6 500 travailleurs, dont plus du tiers sont des prisonniers républicains espagnols, abrite des sous-marins. Quinze U-Boote peuvent s'y amarrer.
Un cercle de fumée dévié par le vent
Comme prévu dans ce genre d'opérations, ces quelques premiers avions alliés tracent un cercle de fumée pour les bombardiers américains afin de délimiter la cible à atteindre. Une cible « idéale » pour nuire à l'occupant et détruire son arsenal de défense. Ainsi, peu de temps après, trente-quatre bombardiers « Liberator », partis d'Angleterre, arrivent sur zone. Malheureusement, le vent soufflant ce jour-là va déplacer le cercle vers le quartier de Bacalan. Il est trop tard ! En quelques minutes, plus de 300 bombes sont larguées.
Plusieurs installations militaires allemandes sont touchées, un des ponts tournants est détruit. Mais ce n'est rien en comparaison des dégâts humains et matériels causés par cette attaque. Le quartier de Bacalan est écrasé dans une vision terrifiante.
Témoignage d'un enfant de l'époque
Dans le « Journal de Bacalan » de mai 2022, 79 ans plus tard, un enfant de l'époque témoigne : « Soudain à leur point de rencontre, c'est l'apocalypse, un bruit assourdissant, le feu, la fumée, la poussière et une pluie d'objets divers. Le ciel qui s'obscurcit, le toit de la maison envolé, une énorme boule de terre sur la table. » Le bilan est lourd, très lourd. 195 civils vont perdre la vie et plus de 200 blessés sont à dénombrer. Sans compter tous les sinistrés.
La solidarité s'organise
Outre le préfet régional, Maurice Sabatier, M. Popklawski, adjoint et représentant du maire Adrien Marquet et du secrétaire général de la Préfecture, se rendant dans le quartier dévasté, l'aide s'organise. Le personnel de la défense passive s'active pour engager les travaux de déblaiement afin de pouvoir sauver les personnes encore coincées dans les caves ou sous les décombres des maisons. Les pompiers du port sont également mis à contribution. Dirigés par le secrétaire général des Girondins, Raymond Brard, ils portent secours aux vivants et retirent les cadavres des décombres. Une mission difficile pour ces sportifs de haut niveau de la région.
Un devoir de mémoire
Cette tragédie a touché au cœur les habitants de Bacalan. Cinquante-cinq ans plus tard, en avril 1998, M. Dessaut, conseiller municipal de la ville de Bordeaux, chargé des anciens combattants, donne son accord pour qu'un mémorial soit installé à l'entrée du Conservatoire international de la plaisance à la base sous-marine. Il répond ainsi favorablement à la demande qui avait été faite par Jean-Claude Moreau, président de l'association de défense des intérêts du quartier : « Nous voulons faire savoir aux Bacalanais que la population de Bordeaux-Nord a beaucoup souffert […] Nous avons choisi la base sous-marine, parce qu'elle représente un passé historique. Nous souhaitons édifier une stèle dont la signification sera à la fois concrète et abstraite. »
Le 17 mai 1998, cette stèle est apposée sur le bâtiment de la base sous-marine de Bordeaux en présence des autorités, dont Alain Juppé, maire de Bordeaux. Et Jean-Claude Moreau, qui avait 11 ans à l'époque des faits, de conclure : « Puissent nos enfants comprendre, quoique devienne cet édifice, le dramatique symbole de ce lieu… »
D'autres bombardements
En août 1943, c'est la base aérienne qui sera visée par les bombes américaines. Le 5 janvier 1944, l'atelier de la SNCASO est détruit, il y a des morts parmi le personnel. Les bombardements se poursuivent et l'usine de Bacalan est déménagée dans les carrières de Saint-Astier, en Dordogne.



