Un vol de tableau qui hante pendant quinze ans
Installé dans le Marmandais, à Saint-Martin-Curton, Patrick Vialaneix a vécu une décennie dans l'anonymat avant de briser le silence le 19 mars 2014. Ce jour-là, à 43 ans, il est venu avouer le vol, quinze ans plus tôt, d'un tableau de Rembrandt intitulé « L’Enfant à la bulle de savon », dérobé dans un musée de Draguignan. Ses aveux ont immédiatement défrayé la chronique, soulevant des questions sur les motivations profondes de cet acte.
Une fascination née dans l'adolescence
Loin d'être un Arsène Lupin, Patrick Vialaneix a porté le poids de son secret pendant des années. Le tableau, volé le soir du 13 juillet 1999, était ancré dans son esprit depuis son adolescence. Sa mère lui avait montré cette toile du maître hollandais quand il avait 12 ou 13 ans, et elle avait résonné en lui. « Cet enfant, la bulle, l'éphémérité… », avait-il confié lors de sa déposition à la gendarmerie. Cette œuvre, il la voulait passionnément, sans intention de la vendre.
Estimé à environ 3 millions d'euros au moment du vol, le tableau n'a jamais été mis en vente. Patrick Vialaneix l'a caché dans une armoire, le couvant affectueusement comme un trophée intime. Ce geste était un coup de tête, non motivé par la cupidité, mais par une connexion émotionnelle profonde avec l'art.
La décision de rendre l'œuvre
Avec le temps, la peur de disparaître avec son secret ou de voir l'œuvre s'abîmer a poussé Patrick Vialaneix à agir. Il a fait appel à un homme de confiance, qui lui a proposé de l'aider via un assureur professionnel capable de restituer le tableau contre une récompense. Le tableau est ainsi parti à Nice, échangé contre un chèque de 40 000 euros, jamais encaissé. Pourtant, Patrick Vialaneix a continué à se taire jusqu'au 19 mars 2014.
Ce jour-là, il a consulté son avocat marmandais, Me Franck Dupouy, et lui a raconté le vol. L'avocat lui a conseillé de répéter son histoire aux gendarmes. Arrivé avec sa valise, persuadé de dormir en prison, sa démarche a été précipitée par l'arrestation, à Nice, des deux hommes qui avaient tenté de revendre l'œuvre.
Les conséquences judiciaires et un sort incertain
Bien que le vol lui-même soit prescrit, Patrick Vialaneix a été mis en examen le 26 mai 2014 et placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Grasse pour des charges liées au blanchiment. Remis en liberté le 4 juin, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a assorti sa libération d'un contrôle judiciaire strict, lui interdisant de se rendre dans tout lieu d'exposition d'œuvres d'art et imposant une caution de 20 000 euros, une somme démesurée pour son foyer.
Patrick Vialaneix est décédé le 23 janvier 2016 sans connaître l'issue de son affaire. Sa femme, Christelle, a témoigné dans Sud Ouest de son quotidien tourmenté : « Ce contrôle judiciaire, il en parlait tous les jours. Il attendait tous les matins la factrice pour avoir des nouvelles de son affaire… Il espérait évidemment la clémence de la justice pour respirer de nouveau. » Elle a souligné qu'il n'était pas un bandit, mais un homme rongé par ses craintes pour l'œuvre, craignant qu'elle ne s'abîme ou ne brûle.
Cette histoire met en lumière les complexités humaines derrière un acte criminel, où la passion pour l'art a conduit à des choix lourds de conséquences.



