Arcachon : une agression verbale qui révèle un conflit patrimonial explosif
L'agression verbale filmée d'un élu écologiste par le maire d'Arcachon, Yves Foulon, le jour du premier tour des municipales, a provoqué un véritable séisme politique dans la station balnéaire girondine. Les images, révélées par Vakita, montrent l'édile Les Républicains proférer des menaces d'une violence rare dans le paysage politique français.
Des menaces d'une brutalité inhabituelle
« Si je pouvais vous coincer derrière les poubelles pour vous mettre une branlée » ou encore « si je pouvais vous en... je le ferais » : ces propos, tenus sur un ton menaçant, ont immédiatement fait le tour des réseaux sociaux et des médias. Yves Foulon, réélu dès le premier tour pour son cinquième mandat, s'en est pris à Vital Baude, candidat écologiste, qu'il accuse d'avoir « porté atteinte à ma vie privée en diffusant la photo et le nom de ma maison » dans son document de campagne.
La villa Salesse : un joyau architectural sacrifié
Cette violente altercation trouve son origine dans une affaire immobilière sensible concernant la villa Salesse, construite en 1854 par le négociant Jean-Eugène Salesse. Cette demeure historique, située en première ligne face à la mer, avait accueilli des artistes prestigieux comme Marcel Duchamp, Coco Chanel, Leonor Fini, Gala et Dali.
Jacques Storelli, avocat et président de l'association ASSA (association de sauvegarde du site d'Arcachon), décrit ce patrimoine exceptionnel : « Cette villa d'inspiration coloniale présentant une circulation sur trois façades, des colonnettes jointes par des lambrequins, des lanterneaux, était tout à fait extraordinaire. C'était la dernière de ce type à Arcachon, deux autres ont été détruites, et on a essayé en vain de sauver ce trésor. »
Une acquisition controversée suivie d'une démolition contestée
Restée dans la même famille jusqu'en 2021, la villa Salesse a finalement été acquise par le maire Yves Foulon et son demi-frère Roger Padois, promoteur immobilier, grâce à une clause de substitution. L'ASSA dénonce une série d'irrégularités :
- La mairie s'est délivré à elle-même un permis de construire contesté devant le tribunal
- Le permis initial prévoyait une démolition partielle, mais la villa a été entièrement rasée
- La reconstruction en cours ne correspond pas aux autorisations déposées
« Le Conseil d'État a été saisi trop tard, la belle villa du XIXe siècle était déjà détruite quand il s'est intéressé au dossier », regrette Jacques Storelli. L'association prépare maintenant une plainte pour démolition illicite, estimant que la présence d'éléments remarquables du bâti selon le plan local d'urbanisme (PLU) aurait dû protéger le site.
Un conflit aux multiples dimensions
Vital Baude, adhérent de l'ASSA mais n'ayant mené « aucune action commune sur ce dossier » selon le président de l'association, a utilisé cette affaire pendant la campagne électorale pour se distinguer moralement de son adversaire. Il a affirmé qu'il n'aurait jamais détruit la villa et ne se serait pas délivré un permis de construire pour un projet privé.
Jacques Storelli souligne la dimension immobilière de l'affaire : « Je pense que c'est une belle affaire immobilière : ils ont agrandi pour faire deux ensembles et je ne pense pas qu'ils occuperont le nouveau logement. Ce sera vendu extrêmement cher. »
Le maire d'Arcachon, sollicité par les médias, n'a pas souhaité s'exprimer sur cette double polémique qui mêle agression verbale, conflit patrimonial et intérêts immobiliers, créant « une confusion des genres qui met mal à l'aise » selon le président de l'ASSA.



