Sanary : après l'agression d'une enseignante, la colère monte chez les professeurs d'Occitanie
La communauté éducative est sous le choc après l'agression au couteau d'une professeure de 60 ans par un élève de 14 ans, mardi dans un collège de Sanary, dans le Var. Cet incident, survenu parce que l'enseignante avait signalé des problèmes concernant l'élève sur Pronote, a provoqué un mélange de colère et d'angoisse parmi les enseignants de l'académie de Montpellier, qui dénoncent un climat devenu irrespirable.
Une hausse alarmante des agressions en milieu scolaire
Cette agression s'inscrit dans un contexte de banalisation des armes dans les établissements secondaires. Selon les statistiques des registres santé-sécurité au travail, les agressions déclarées d'enseignants ont atteint plus de 900 cas en 2023 en France, soit une augmentation de 25 %. Dans l'académie de Montpellier, le rectorat signale une hausse des faits de violence cette année, sans fournir de chiffres précis, mais a mis en place des mesures comme la protection fonctionnelle systématique pour les personnels menacés.
Pour renforcer la sécurité, 42 emplois supplémentaires ont été créés, et les contrôles visuels des sacs ont été multipliés par deux, passant de 100 à 200. Cependant, ces mesures, impulsées par l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, n'ont pas empêché tous les drames, comme le soulignent les syndicats.
Des témoignages poignants sur la peur et le manque de soutien
Jordan Homps, professeur dans un collège de Castelnau-le-Lez et représentant du Snes-Fsu, exprime la sidération et la colère qui montent parmi les enseignants. "Le tout sécuritaire ne résoudra pas tout", affirme-t-il, tout en dénonçant le manque de moyens humains, notamment en infirmières et personnel médico-social, pour désamorcer les situations explosives.
Lui-même victime de cyberharcèlement par un groupe d'élèves à Montpellier, il souligne que de nombreux collègues sont insuffisamment accompagnés. Julie, une ancienne professeure de langues, a quitté l'Éducation nationale après avoir été menacée de viol et de mort par des élèves dans un collège sensible de Montpellier, illustrant les risques extrêmes auxquels sont exposés les enseignants.
La santé mentale des jeunes au cœur des préoccupations
Les experts pointent la détérioration de la santé mentale des adolescents depuis la crise sanitaire. En 2024, 45 % des 11-15 ans souffraient de troubles anxieux, souvent associés à de l'agressivité. Si l'impact des écrans et des réseaux sociaux fait débat, une étude récente de l'Inserm et de l'Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris révèle qu'un usage excessif serait lié à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les jeunes nés entre 1990 et 2012.
Le pédopsychiatre Stéphane Clerget insiste sur la nécessité de plus de personnel qualifié dans les établissements pour aider les jeunes à maîtriser leur violence.
Les syndicats réclament des actions concrètes
Karim El Ouardi, président académique du Snalc, s'emporte : "Sanary, c'est le fait divers de trop. Nous sommes très en colère et il faut arrêter de chercher des excuses à l'auteur de cette agression." Il demande une protection fonctionnelle automatique pour les enseignants et une remise au cœur du système de leur autorité, critiquant les procédures actuelles qui ralentissent les demandes de protection.
Les syndicats, dont FO, réclament également plus de moyens humains, comme des CPE, AED, et médecins scolaires, ainsi que des portiques à l'entrée des établissements. Mathieu Marchal, secrétaire académique de FO, souligne que la hausse des agressions reflète une ambiance générale dégradée, où même une mauvaise note peut provoquer des réactions disproportionnées.
En conclusion, les enseignants, atterrés et effrayés, attendent des actes du ministre de l'Éducation au-delà des discours de compassion. Jordan Homps résume : "Pour nous, jeunes enseignants, ça nous fait entrer dans le métier d'une drôle de façon. On n'a pas choisi de faire ce métier pour courir de tels risques."



