Affaire Nègre : une Toulousaine raconte son entretien et le café au goût bizarre
Affaire Nègre : une Toulousaine raconte son entretien

Héloïse, une habitante de Haute-Garonne âgée de 46 ans, affirme avoir été agressée par Christian Nègre, ancien haut fonctionnaire à la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), lors d’un entretien d’embauche le 20 mars 2014 à Paris. Elle raconte pour la première fois cette journée où elle dit avoir reçu un café au goût étrange, avant d’être retenue par le bras et contrainte de fuir. Douze ans après les faits, elle fait partie des 248 femmes qui accusent Christian Nègre d’agression sexuelle, d’abus d’autorité ou d’atteinte à l’intimité. Le 10 septembre, elle doit rencontrer la juge chargée de l’affaire.

Un entretien qui tourne au cauchemar

En 2014, Héloïse, alors âgée de 34 ans, rêve de travailler dans la fonction publique. Elle contacte Christian Nègre après une conférence Grandes écoles sur l’emploi à Paris. Il lui propose rapidement un entretien au 2 boulevard Diderot, dans les locaux de la DGAFP. Sur place, Christian Nègre « prépare un café dans mon dos », se souvient-elle. « Il avait un mauvais goût ce café, donc je l’avais à peine touché avec mes lèvres, mais il a insisté pour que je le termine. »

Après ce café, Christian Nègre lui propose d’aller se balader et de laisser ses affaires dans le bureau. Héloïse ne prend que son portefeuille et son téléphone. Ils se retrouvent aux Tuileries, à quatre kilomètres de là. Pendant la promenade, il parle beaucoup, mais reste « systématiquement sur son téléphone portable ». La discussion s’éternise jusqu’à la Concorde, où Héloïse ressent un besoin pressant d’aller aux toilettes. Elle le fait savoir, mais Christian Nègre ne réagit pas.

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Une fuite jusqu’au Louvre

Héloïse cherche des sanitaires des yeux, mais « on était sur des quais paumés, sans rien autour ». Elle décide de remonter pour trouver un café. Christian Nègre la retient alors par le bras. « Il m’a retenue par le bras, je me suis arrachée et je me suis mise à courir jusqu’au Louvre », raconte-t-elle. Une fois aux toilettes, elle pense son calvaire terminé, mais en sortant, elle tombe nez à nez avec Christian Nègre. « Est-ce qu’il a couru derrière moi ? Ou est-ce qu’il savait exactement où est-ce qu’il y avait des toilettes ? », se demande-t-elle encore.

Il lui dit alors : « Je suis désolé que cet entretien ait été pénible, soit pénible pour vous », alors qu’« il n’y avait rien à se reprocher », selon elle. Elle retourne néanmoins à son bureau pour récupérer ses affaires, puis « je me suis cassée ». Dans les heures qui suivent, elle se rend plusieurs fois aux toilettes et perd 1,5 kg en vingt-quatre heures. « Je me répète : le café avait un goût bizarre. J’ai perdu un litre cinq. Je suis allée aux toilettes quinze fois. J’ai mis fin à un entretien à cause d’une urgence urinaire. OK, il y a assez de signes », confie-t-elle.

Des échanges écrits et une plainte en 2020

Quatre jours après les faits, Héloïse envoie un mail à Christian Nègre pour lui demander s’il a mis quelque chose dans son café. Il répond : « Y a-t-il un problème avec moi ? C’est assez surprenant au moment d’envisager une relation de confiance pour travailler ensemble. » Après qu’elle a détaillé ses soupçons, il rétorque : « Je ne sais que répondre devant une suspicion argumentée, si ce n’est de dire à nouveau que je suis désolé que cet entretien vous ait semblé aussi pénible (à cause du café ou autre…). Je n’ai pas l’habitude de droguer mes interlocuteurs et je pensais bien au contraire vous avoir accordé de mon temps pour échanger dans un cadre informationnel en toute sincérité sur des valeurs qu’il me semblait que nous partagions. »

Ce n’est que cinq ans plus tard que son mari tombe sur un témoignage dans un journal et lui dit : « Ah, cette histoire ressemble à la tienne. » Elle répond : « Non, ça ne ressemble pas. C’est mon histoire. Et ce gars-là, c’est celui qui a drogué mon café. » Elle porte plainte le 2 mars 2020 à Toulouse, auprès d’un officier de police judiciaire parisien dépêché pour elle.

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Une attente de sept ans et une colère grandissante

Depuis douze ans, Héloïse vit avec cette journée du 20 mars 2014. « C’est vraiment mental et psychologique. C’est la confiance dans la société qui s’est complètement dégradée », dit-elle. La colère a remplacé la consternation : « Ça fait sept ans qu’on attend. Cet homme, il est dehors. Il peut recommencer à n’importe quel moment. Il est en contact avec des femmes. »

Cette colère lui donne le courage de témoigner : « Il y en a marre. Là, la honte doit changer de camp et on a besoin du grand public. Je pense que j’ai les capacités pour me mobiliser aujourd’hui, je ne suis plus au fond du trou. » Le 10 septembre, elle doit rencontrer la juge avec d’autres victimes. « On est 250 femmes. Pour moi, c’est des agressions sexuelles. Si ça, c’est pas prioritaire, qu’est-ce qui est prioritaire ? » L’enquête se poursuit, les investigations devraient être terminées d’ici à la fin de l’année. L’avocate de Christian Nègre, Vanessa Stein, n’a pas répondu aux sollicitations de Midi Libre.