Une découverte historique sur les côtes girondines
Le mercredi 15 octobre 1986 restera une date mémorable pour l'histoire naturelle française. Vers 9 heures, M. Piccoz, un lecteur bordelais du journal Sud Ouest, fait une rencontre extraordinaire sur le sable du banc d'Arguin, à l'entrée du bassin d'Arcachon en Gironde. À seulement cinq mètres de distance, il observe un morse, une espèce marine originaire des eaux arctiques, totalement inhabituelle sous ces latitudes.
Une apparition fugace immortalisée
Le temps est compté pour immortaliser l'instant. M. Piccoz saisit rapidement son appareil photo – les smartphones n'existaient pas encore – et capture l'image du mammifère marin avant que celui-ci ne disparaisse dans les eaux du bassin. Cette photographie unique deviendra le témoignage précieux du premier morse jamais apparu sur les côtes françaises, du moins à une telle latitude.
La Une médiatique d'un événement exceptionnel
L'importance de la découverte est immédiatement reconnue. Deux jours plus tard, le 17 octobre 1986, le bestiau de plusieurs centaines de kilos fait la Une du journal Sud Ouest, se pavanant sous le soleil girondin. La couverture médiatique est à la hauteur de la rareté de l'événement, qui suscite l'étonnement général.
Les réactions scientifiques : une aberration de la nature
Raymond Dupuy, spécialiste des phoques et autres cétacés au Musée océanographique de La Rochelle, qualifie sans hésiter l'instant d'historique. L'Histoire ne gardait en effet aucune trace d'une telle apparition sur les côtes françaises.
L'analyse des experts
Le lendemain de la publication de la photo en Une, les réactions des scientifiques affluent. Anne Collet, adjointe de Raymond Dupuy à la direction du Musée océanographique de La Rochelle – qui est aussi le Centre national de recherche sur les mammifères marins – s'exprime avec stupéfaction : « La présence de ce morse sur le banc d'Arguin, c'est vraiment une aberration de la nature ! Nous en sommes nous-mêmes stupéfaits ! »
Elle précise que l'observation de ce jeune mâle d'environ 800 à 900 kilos constitue une présence erratique et, en tout cas, absolument exceptionnelle, puisque jamais auparavant un morse n'avait été observé au-dessous des côtes des Pays-Bas et de la Belgique.
Les hypothèses expliquant cette présence insolite
Plusieurs questions se posent quant aux raisons de cette apparition sur la côte atlantique :
- Un dérèglement climatique précoce ?
- Une mauvaise rencontre ayant laissé l'animal blessé ?
- Une simple erreur de navigation de la part du morse ?
Anne Collet émet également l'hypothèse d'un risque d'échouage sur quelque rivage, tant la présence de l'animal semble précaire. Une certitude cependant : il ne s'agissait pas d'un morse échappé d'un zoo, car aucun spécimen n'était acclimaté en France en 1986.
Un événement qui marque les mémoires
Grâce à la photographie de M. Piccoz et à la couverture médiatique de Sud Ouest, la postérité conserve le souvenir de cet événement unique. La découverte du morse sur le banc d'Arguin reste aujourd'hui encore un sujet d'étonnement et d'étude, illustrant la capacité de la nature à nous surprendre par ses manifestations les plus inattendues.



