Trafic de tabac à Alès : 12 prévenus jugés pour contrebande organisée
12 prévenus jugés pour trafic de tabac à Alès

Ce mardi 5 mai, le tribunal judiciaire d’Alès examine une affaire de trafic de tabac d’une ampleur rarement égalée dans le département. Douze individus s’apprêtent à répondre de chefs d’accusation graves : détention en bande organisée de marchandises contrefaites et importation illicite de tabac de contrebande.

Une organisation criminelle bien rodée

L’audience qui s’ouvre ce mardi n’est pas celle d’un simple trafic de proximité. Durant des mois, les enquêteurs ont patiemment détricoté les fils d’une organisation criminelle qui avait fait du bassin alésien l’une de ses plaques tournantes pour l’écoulement de cigarettes de contrefaçon. À la barre, douze hommes devront expliquer comment ils ont pu mettre sur pied une filière capable d’importer et de distribuer des dizaines de milliers de cartouches de Marlboro et de L&M en un temps record. Selon l’ordonnance de renvoi, les faits s’étendent de janvier à octobre 2024.

Une logistique héritée des stups

Le premier volet de ce dossier, et sans doute le plus spectaculaire, concerne la chaîne d’approvisionnement. Pour les autorités, il ne fait aucun doute que les prévenus ont adopté les codes du grand banditisme, et plus précisément ceux du trafic de stupéfiants. Pour acheminer la marchandise depuis la Belgique, le Nord de la France ou la région lyonnaise, le réseau ne se contentait pas de simples camionnettes banalisées. L’instruction a révélé l’utilisation systématique de convois en « go-fast ».

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Le mode opératoire était immuable : un véhicule « ouvreur », chargé de balayer la route et de repérer les éventuels barrages de douane ou de gendarmerie, précédait de quelques kilomètres un véhicule « porteur ». Ce dernier, souvent lourdement chargé, avait pour mission de rallier le Gard ou les Bouches-du-Rhône le plus rapidement possible. Les investigations évoquent au moins 22 convois de ce type, permettant d’acheminer des dizaines de milliers de cartouches de cigarettes.

Boxes-nourrices et stratégie « Uber-Clope »

Une fois arrivées à bon port, les cigarettes ne stagnaient jamais longtemps au même endroit. Le réseau utilisait une technique de stockage dite de « boxes-nourrices ». Disséminés dans des garde-meubles ou des garages discrets entre Nîmes et Arles, ces lieux permettaient de fractionner la marchandise. En cas de chute d’un membre du réseau, seule une petite partie du stock était saisie, préservant ainsi le reste de l’investissement.

L’autre grande force de ce réseau résidait dans sa capacité à capter le client final. Pour ce faire, les lieutenants de l’organisation ont investi le terrain numérique via l’application Snapchat. Sur cette plateforme prisée pour ses messages éphémères, les trafiquants géraient leurs affaires comme de véritables commerçants : photos des paquets, tarifs dégressifs selon la quantité et promesses de livraisons rapides. Cette stratégie de « drive » ou d’« Uber-Clope » a permis d’arroser l’ensemble de la région, des quartiers populaires d’Alès aux centres-villes d’Arles et de Nîmes.

Un enjeu fiscal et pénal majeur

Mais au-delà de la logistique, c’est bien l’aspect financier qui donne à ce procès une dimension hors norme. L’État, partie civile par le biais de l’administration des douanes, évalue le préjudice fiscal à plusieurs millions d’euros. Les douze prévenus encourent des peines sévères, aggravées par la notion de « bande organisée ». Le tribunal devra trancher sur les responsabilités de chacun : qui était le cerveau, qui finançait les achats et qui n’était qu’un simple exécutant attiré par l’argent facile ? Réponse attendue à l’issue de ce procès.

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