Violences sexuelles dans le mannequinat : quinze femmes exigent la réouverture de l'enquête visant l'ancien dirigeant d'Elite
Dénonçant des violences sexuelles systémiques dans le milieu de la mode, quinze femmes ont sollicité jeudi la réouverture des investigations judiciaires visant Gérald Marie, l'ancien directeur Europe de la prestigieuse agence de mannequins Elite. L'affaire, classée pour prescription en février 2023, pourrait être relancée grâce aux nouvelles enquêtes-cadres ouvertes autour de Jeffrey Epstein.
Une lettre adressée à la procureure de Paris
Ebba P. Karlsson, Suédoise de 56 ans résidant aux États-Unis, et Lisa Brinkworth, Britannique de 58 ans vivant à Londres, se sont rendues personnellement à Paris pour remettre une lettre à l'attention de la procureure Laure Beccuau. « Ce que nous voulons que les enquêteurs déterminent, c'est la nature du lien entre Jeffrey Epstein et Gérald Marie et s'il a été impliqué dans des actes répréhensibles avec Jeffrey Epstein », a déclaré Lisa Brinkworth.
Le témoignage accablant de Lisa Brinkworth
Lisa Brinkworth, alors journaliste pour la BBC enquêtant sous couverture sur les agents de mannequins, affirme avoir été agressée sexuellement en public par Gérald Marie à Milan en 1998. Elle raconte avoir immédiatement informé sa hiérarchie qui lui aurait intimé de ne pas porter plainte pour ne pas compromettre l'enquête journalistique. Ce n'est qu'en 2020 qu'elle a finalement déposé plainte à Paris pour agression sexuelle, plainte accompagnée de signalements de trois anciennes mannequins, dont Ebba P. Karlsson, dénonçant des viols ou agressions sexuelles.
Des enquêtes-cadres qui changent la donne
Les quinze signataires, de nationalités britannique, néerlandaise, américaine et suédoise, estiment que la situation a radicalement évolué depuis le classement de l'affaire. La procureure de Paris a en effet ouvert deux enquêtes-cadres visant à analyser les dénonciations autour de Jeffrey Epstein : l'une pour infraction de traite des êtres humains et l'autre pour infractions financières.
Dans leur lettre, les femmes affirment pouvoir fournir « des documents judiciaires et des courriels » démontrant une collaboration « entre Gérald Marie, Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein », et les reliant aux agences MC2 et E Model Management.
Les connexions troublantes avec l'affaire Epstein
La lettre mentionne également Jean-Luc Brunel, agent de mannequins mis en examen pour viol sur mineurs qui s'est suicidé en détention en 2022. Elle cite aussi Daniel Siad, recruteur français de mannequins contre lequel Ebba P. Karlsson a porté plainte pour viol en février. Des accusations que Daniel Siad a niées dans la presse par la voix de son avocate.
Ebba P. Karlsson confie avoir eu « envie de vomir » en reconnaissant Daniel Siad en photo dans plus d'un millier de pièces des archives déclassifiées du dossier Epstein. Elle explique que Daniel Siad, rencontré en Suède, lui avait promis un emploi à Monaco puis en France avant de l'avoir violée dans le local piscine d'une maison à Cannes, puis de l'avoir conduite auprès de Gérald Marie.
Des violences commises sur le territoire français
« Nous avons toutes, hormis l'une d'entre nous, été violées ou agressées sexuellement sur le territoire français », résument les signataires, précisant que deux d'entre elles étaient mineures au moment des faits commis par Gérald Marie. Lors de leur premier entretien professionnel avec le dirigeant d'Elite, Ebba P. Karlsson affirme avoir été violée.
Ces femmes indiquent avoir également saisi la justice américaine pour demander une enquête sur le rôle éventuel de dirigeants d'agences de mannequins dans la mise à disposition de jeunes modèles pour Jeffrey Epstein. Un pourvoi a été formé par Lisa Brinkworth après le classement de l'enquête, montrant la détermination de ces femmes à obtenir justice malgré les obstacles procéduraux.



