Dix ans après #MeToo, Titiou Lecoq explore la réinvention du couple hétérosexuel dans une BD collective
Titiou Lecoq : #MeToo a-t-il vraiment changé nos relations amoureuses ?

Une décennie après #MeToo : quel héritage dans nos vies sentimentales ?

Près de dix ans après le séisme provoqué par le mouvement #MeToo, quel bilan peut-on dresser des transformations annoncées dans les relations amoureuses ? Dans « Nos amours modernes », une bande dessinée collective qui interroge le couple hétérosexuel à l'ère du féminisme contemporain, l'autrice et journaliste Titiou Lecoq explore avec acuité des thèmes aussi fondamentaux que le consentement, la charge mentale, les questions financières ou encore les nouvelles façons d'aimer.

Une rencontre à Bordeaux pour échanger sur ces évolutions

Titiou Lecoq sera présente à la Fnac Bordeaux Sainte-Catherine le samedi 14 mars à 16 heures pour une rencontre et une séance de dédicaces de « Nos amours modernes ». L'occasion pour elle de revenir en détail sur ce qu'a réellement changé #MeToo dans nos vies intimes et de partager les réflexions développées dans cet ouvrage collectif.

Genèse d'un projet éditorial innovant

Comment est née l'idée de ce livre et pourquoi faire un point d'étape dix ans après #MeToo ? « Au départ, c'est une proposition de mon éditrice, Alba Beccaria », explique Titiou Lecoq. « Elle m'a parlé d'une BD collective sur le couple hétéro depuis #MeToo et j'ai trouvé l'idée géniale. Ce qui m'a particulièrement plu, c'est qu'elle souhaitait mêler des auteurs et des autrices. Spontanément, j'aurais sans doute contacté surtout des femmes, comme c'est souvent le cas dans les ouvrages féministes. Mais on reproche fréquemment aux hommes de ne pas prendre leur place dans ces discussions essentielles. Là, c'était l'occasion d'en parler ensemble, de croiser les regards et les expériences. »

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Le dessin comme vecteur de messages complexes

Pourquoi avoir choisi le format de la bande dessinée pour aborder des sujets aussi sérieux ? « Dans mes livres, j'essaie souvent d'attraper les lecteurs par l'humour », confie l'autrice. « Quand quelqu'un vous fait rire, il y a immédiatement une connexion qui s'établit. Même si on n'est pas d'accord sur tout, on devient plus ouvert à la discussion. Mais attention, tout n'est pas humoristique dans cet ouvrage. Par exemple, j'ai écrit un chapitre sur la charge émotionnelle qui est beaucoup plus grave et poignant. Le dessin permet justement cette diversité de tons : certaines planches sont drôles, d'autres très douces ou sensibles. Et surtout, la BD permet d'ouvrir le sujet à un public qui n'irait peut-être pas spontanément lire un essai féministe traditionnel. »

Le consentement : une révolution conceptuelle

Presque dix ans après #MeToo, qu'est-ce qui a vraiment changé dans les relations amoureuses ? « La grande nouveauté, c'est l'apparition de la notion de consentement dans la conscience collective », analyse Titiou Lecoq. « Les sociologues soulignent que c'est quelque chose qui n'existait pas auparavant de cette manière si explicite et partagée. Cela ne signifie évidemment pas que tout est parfaitement respecté aujourd'hui, mais le simple fait d'avoir un mot précis pour le désigner et d'en parler ouvertement change déjà énormément de choses. #MeToo a aussi poussé de très nombreuses femmes à reconsidérer leur passé sentimental et à s'interroger sur ce qu'elles voulaient vraiment pour la suite de leur vie amoureuse. »

Redéfinir le couple à l'aune des aspirations individuelles

Votre livre interroge aussi la définition même du couple... « Absolument », répond l'autrice. « En posant cette question autour de moi pendant la préparation de l'ouvrage, je me suis rendu compte que personne n'avait exactement la même définition. Finalement, le seul critère qui semble fonctionner universellement, c'est que le couple est déclaratif : on est un couple quand on dit qu'on l'est. Je trouve cela très beau et libérateur, parce que cela signifie que chacun peut inventer la forme de relation qui lui convient vraiment, sans se conformer à un modèle unique imposé par la société. »

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L'argent : un tabou persistant dans l'intimité

Pourquoi les questions financières restent-elles si difficiles à aborder au sein du foyer ? « Il y a d'abord un facteur culturel profond », explique Titiou Lecoq. « En France, nous sommes traditionnellement très mal à l'aise avec les discussions sur l'argent. Même entre amis proches, on parle rarement de nos salaires ou de nos situations financières. Et puis nous avons cette idée romantique tenace que l'amour ne doit pas compter, que faire les comptes donnerait l'impression de préparer déjà une séparation. Pour beaucoup de femmes en particulier, il y a aussi la peur sous-jacente de créer un conflit et de passer pour la 'casseuse d'ambiance' si elles abordent ces sujets pragmatiques. »

Un optimisme mesuré face à l'avenir du couple

Êtes-vous optimiste sur notre capacité à réinventer le couple ? « Je le suis plutôt au niveau individuel », répond l'autrice après un temps de réflexion. « J'ai l'impression que les hommes avancent aussi dans leur réflexion et leurs pratiques, même s'ils partaient souvent de plus loin sur ces questions. En revanche, je suis plus inquiète au niveau collectif, avec la montée préoccupante de mouvements réactionnaires ou masculinistes qui prétendent nous dire comment faire couple selon leurs normes rigides. C'est quelque chose qu'il faut absolument surveiller et contrer par le dialogue et l'éducation. »