Marie Nédellec dénonce le sexisme systémique subi comme élue à La Rochelle
Sexisme politique : le témoignage choc d'une élue rochelaise

Le calvaire sexiste d'une élue rochelaise

Marie Nédellec, ancienne adjointe municipale et conseillère communautaire déléguée à La Rochelle, brise aujourd'hui un silence pesant. Elle relate avec une précision glaçante la misogynie à laquelle elle a été confrontée durant son mandat, un témoignage corroboré par plusieurs de ses collègues féminines qui pointent un mal systémique au sein des institutions.

Des messages dégradants dès les premiers jours

« T'as pris des seins, non ? » Cette phrase, reçue par texto en juillet 2020, quelques jours seulement après la victoire de la liste Tous Rochelais, marque le début d'un harcèlement sexuel insidieux. L'auteur, un collègue haut placé, multiplie les messages suggestifs, allant jusqu'à proposer de mesurer sa poitrine avec ses mains, s'enquérir si celle-ci est « privatisée » et par qui, ou encore suggérer de la « louer quand il y aura des disponibilités ».

« On me dit : ''Il est lourd.'' Non, il n'est pas lourd, on est au-delà de la lourdeur. Il m'agresse quand il m'envoie ces messages », confie-t-elle, refusant de banaliser ces propos.

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Six années d'un combat épuisant

Après six années éprouvantes, Marie Nédellec s'apprête à quitter ses fonctions municipales et communautaires. Si le sexisme subi n'est pas la cause unique de son retrait, il y a indéniablement contribué. « Je me battais dans un univers qui n'avait aucune envie de changer. Naïvement, j'ai cru que je le pouvais », analyse-t-elle avec amertume.

Son engagement féministe, initialement perçu comme un atout, s'est heurté à une réalité brutale. Son activisme sur la régulation des meublés de tourisme l'a particulièrement exposée à des attaques virulentes sur les réseaux sociaux, moins sur le fond de ses propositions que sur son apparence : sa tenue, sa coupe de cheveux, etc.

« ''Adjointe à la connerie'', ''pauvre tarte'' et puis des menaces directes sur mon intégrité physique. Je pense qu'il y a six ans, à aucun moment, je n'aurais imaginé recevoir ce type de messages », a-t-elle révélé à France 3. Deux de ses harceleurs ont d'ailleurs été condamnés pour injures et menaces.

Un système qui protège les agresseurs

Au-delà de la violence des attaques, c'est le manque de soutien en interne et le sentiment que la parole d'un homme prévaut toujours sur celle d'une femme qui ont le plus affecté l'élue. « La banalisation de la violence dans les sphères familiales se retrouve exacerbée dans le milieu politique et plus largement dans les sphères de pouvoir », déplore-t-elle, estimant que trop d'abus sont commis par des hommes se sentant protégés, neuf ans après le lancement du mouvement #MeToo.

La sororité comme rempart

La discrimination sexuelle n'était pas que violente ; elle était aussi latente. Un soir de conseil communautaire, Marie Nédellec fait remarquer qu'un brouhaha déplacé s'installe systématiquement lorsque Sylvie Guerry-Gazeau présente le rapport sur l'égalité femmes-hommes. Cet épisode donne naissance à un élan de sororité, concrétisé par la création d'un groupe WhatsApp d'élues de tous bords, un réseau de vigilance mutuelle.

« Il fallait que l'on se serre les coudes pour ne pas laisser passer ces choses-là », partage une participante.

Des témoignages convergents

L'élue écologiste Océane Mariel confirme ce climat hostile : « Lorsqu'une femme prend la parole, l'écoute est moins attentive ». Durant la campagne de 2020, elle a reçu des « Dick pics » (photos de sexe d'homme) et des messages immondes de trolls. Elle se souvient également avoir entendu un « salope » lancé depuis le public lors d'un débat houleux sur le PCAET à l'Agglo.

Tiffany Roy, du groupe Le Renouveau, partage cette lassitude : « Le manque d'écoute, les railleries… La dernière année, je n'avais plus envie de parler ». Elle pointe une différence fondamentale : « Une femme doit en permanence se justifier. Un homme ne se pose jamais la question de sa légitimité et de sa compétence ».

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Un problème qui dépasse les clivages

Eugénie Têtenoire, ancienne membre de la majorité, exprime sa surprise face à la persistance de réflexions et de blagues phallocrates : « J'ai été surprise de me dire : ''Tiens, on en est encore là.'' ». Elle décrit un supplice de la goutte d'eau qui finit par consumer même les plus motivées, une manœuvre pour décourager les femmes de s'exprimer.

Marie Nédellec, qui plaide pour la mise en place de formations obligatoires pour les élus, quitte l'arène municipale mais laisse un témoignage qui fait office de pavé dans la mare. Son récit met en lumière un entre-soi politique qui ne peut plus feindre l'ignorance face à un sexisme systémique toujours bien ancré, près d'une décennie après l'émergence de #MeToo.