La parité en politique municipale mise à mal en Charente-Maritime
À l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, un constat préoccupant émerge en Charente-Maritime. Parmi les principales villes du département, Royan, Jonzac et Saintes n'ont aucune tête de liste féminine. Cette situation est particulièrement frappante à Saintes, qui avait pourtant élu Bernadette Schmitt en 2001, marquant ainsi une première historique. L'absence de candidate en tête d'affiche dans la capitale santone constitue une première depuis vingt-cinq ans, soulevant des questions fondamentales sur la représentation politique des femmes.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Dans l'ensemble du département, les statistiques révèlent une réalité contrastée. Seulement 27,9% des têtes de liste pour les prochaines élections municipales sont des femmes, soit 192 femmes qui conduisent des équipes paritaires, conformément à la loi. Cette proportion, bien qu'insuffisante, montre que des avancées ont été réalisées, mais que des bastions résistent encore à la féminisation du paysage politique local.
Des situations contrastées selon les villes
La géographie électorale de la Charente-Maritime présente des visages différents. À Rochefort, Catherine Godde, cheffe de liste d'extrême gauche (Lutte ouvrière, camp des travailleurs) affronte trois hommes dans une compétition où elle est la seule femme en position de leadership. À La Rochelle, la situation est légèrement plus équilibrée avec trois femmes sur sept têtes de liste : Maryline Simoné (liste d'union à gauche), Séverine Werbrouck (Rassemblement national) et Véronique Bonnet (France insoumise).
À Saint-Jean-d'Angély, la maire sortante socialiste Françoise Mesnard part au front pour la troisième fois, démontrant qu'une présence féminine durable au plus haut niveau municipal est possible. Mais ces exemples positifs contrastent fortement avec l'absence totale de femmes têtes de liste à Jonzac, Royan et Saintes, où pas l'ombre d'une candidate ne se profile à l'horizon.
Le témoignage éclairant de Bernadette Schmitt
Bernadette Schmitt, élue maire de Saintes en 2001, reste une figure pionnière dans l'histoire politique du département. Elle était alors la seule femme à occuper l'un des 20 postes les plus à responsabilité de la Charente-Maritime. Aujourd'hui, elle analyse cette situation avec lucidité : « C'est un fait, mais ce n'est pas pour autant que les femmes ne s'intéressent pas à la politique municipale. J'en connais qui se préparent pour 2031. La loi sur la parité a fait heureusement évoluer les mentalités et les femmes, qui sont majoritaires dans la population, ont envie de prendre leurs responsabilités. »
Elle ajoute avec franchise : « La politique, ça reste un combat et c'est très violent. Un combat avec des règles fixées par des hommes. Être tête de liste, c'est être prêt à recevoir toutes les attaques et toutes les critiques. Il faut s'y préparer et s'armer en conséquence. » Battue en 2008 par le socialiste Jean Rouger, elle témoigne des difficultés spécifiques rencontrées par les femmes en politique : « Être maire, c'est beaucoup de temps, une disponibilité permanente. C'est difficilement compatible avec une vie professionnelle et une vie de famille. »
Le double standard persistant
Bernadette Schmitt souligne les différences de traitement entre hommes et femmes en politique : « Je n'aime pas les conflits, je ne me mets jamais en colère et c'était pris pour de la faiblesse. Un homme, lui, va élever la voix pour faire taire ses détracteurs. Pour être élue maire, une femme va devoir prouver sa légitimité, être plus compétente qu'un homme pour la même fonction, montrer son autorité : si elle est trop douce, on dira qu'elle ne peut pas diriger, si elle est trop ferme, on dira qu'elle est agressive. Des remarques qu'on ne fera jamais pour un homme. »
Le témoignage d'Isabelle Pichard-Chauché
Isabelle Pichard-Chauché, candidate socialiste en 2014 à Saintes, dresse un constat similaire. Investie par le Parti socialiste pour mener une liste d'union, elle a dû composer avec la candidature du maire sortant Jean Rouger. Elle est persuadée que si elle avait été un homme, elle n'aurait pas eu à subir cette dissidence : « Un homme, on lui reconnaît d'emblée sa place. »
L'ancienne conseillère départementale, qui vit maintenant dans le bassin d'Arcachon, analyse : « Pour y être passée, les femmes sont quand même un peu plus attaquées que les messieurs. Je parle d'attaques personnelles sur le physique, sur comment on s'habille. » Elle assure que les femmes doivent « être armées d'un courage assez fort. Et puis aussi qu'elles en aient envie. L'envie vient à partir du moment où on pense que ça nous est accessible. Les femmes se l'interdisent ou n'y pensent même pas. »
Un appel à l'action et à la persévérance
Malgré les difficultés, les deux femmes politiques lancent un message d'encouragement. Isabelle Pichard-Chauché, à 60 ans, aspire « vraiment à ce qu'il y ait une continuité dans la démarche féministe, pas celle des néo féministes, mais celle des féministes comme Gisèle Halimi ou Simone Veil, à sa façon. Il faut que dans les esprits des jeunes femmes et des moins jeunes, l'envie se produise. »
Bernadette Schmitt conclut avec conviction : « Être maire de Saintes a changé ma vie et même si cela a été très dur par moments, j'encourage toutes les femmes à oser se lancer dans la vie publique au service des habitants. Des femmes avant nous se sont battues pour que nous ayons les mêmes droits que les hommes. Ne les décevons pas. Assumons nos responsabilités. » Un appel qui résonne particulièrement alors que trois villes importantes de Charente-Maritime se préparent à des élections municipales sans aucune femme en tête de liste.



