Marches massives pour les droits des femmes en France : mobilisation historique contre les violences et le conservatisme
Marches massives pour les droits des femmes en France

Une mobilisation nationale sans précédent pour les droits des femmes

De Paris à Bordeaux en passant par Lille, Marseille, Albi ou Besançon, des dizaines de milliers de femmes ont investi les rues ce dimanche dans un élan de solidarité historique. Plus de 150 villes françaises ont résonné des revendications féministes, avec des cortèges déterminés à défendre les droits fondamentaux, dénoncer les violences sexuelles et contrer la montée inquiétante du conservatisme.

Des figures emblématiques en première ligne

Parmi les milliers de manifestantes, Gisèle Pelicot et sa fille Caroline Darian ont symbolisé le courage et la résilience. Gisèle Pelicot, victime des viols de dizaines d'hommes orchestrés par son ex-mari et devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles, a rejoint les rangs de la Fondation des femmes au moment où le cortège parisien s'élançait de la place Stalingrad vers 14h30. « On ne lâchera rien ! », a-t-elle lancé à la foule, acclamée par des manifestants reconnaissants.

Caroline Darian, qui a porté plainte contre son père pour agression sexuelle, a exprimé son émotion : « Je suis extrêmement honorée d'être ici en présence de ma maman qui envoie un vrai message d'espoir à toutes les victimes de France ». La septuagénaire est partie après quelques dizaines de minutes, laissant sa fille aux côtés des militantes féministes et de la chanteuse Suzane, dont le titre « Je t'accuse » dénonce les violences sexuelles.

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Une organisation collective et des messages intergénérationnels

En tête du cortège parisien, la banderole du collectif organisateur Grève féministe était brandie par la leader de la CGT Sophie Binet et la porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes, Suzy Rojtman. Un peu plus loin, Alice, 39 ans, était venue avec ses enfants de 6 et 8 ans qui avaient chacun confectionné leur propre pancarte « stop au sexisme » et « les femmes = les hommes ». Elle a expliqué vouloir leur « expliquer qu'il est important d'exprimer ce qu'on pense » et que « en France, on est chanceuses, ce n'est pas le cas partout ».

L'alerte sur le danger de l'extrême droite

Le collectif organisateur, rassemblant une centaine d'associations, a particulièrement insisté sur le « danger » que représente selon lui l'extrême droite pour les droits des femmes à l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars. Anne Leclerc, du Collectif national pour les droits des femmes, a pointé du doigt l'exemple des États-Unis de Donald Trump : « C'est un laboratoire ». Elle a rappelé que depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a pris une série de mesures contre l'avortement et démantelé des politiques de lutte contre les discriminations.

Le président Emmanuel Macron a réagi sur les réseaux sociaux : « Les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis. Ils sont le fruit de combats de chaque instant, de conquêtes arrachées par le courage et d'une vigilance qui ne doit jamais faiblir ».

Des préoccupations concrètes et des actions symboliques

Sarah Durocher, du Planning familial, a alerté sur les difficultés croissantes d'accès à l'avortement en France, liées selon elle à un « manque de moyens » et à la « fermeture de structures de proximité ». « Nous sommes en alerte », a-t-elle affirmé.

Parallèlement aux marches, une vingtaine de militantes Femen ont mené une action symbolique devant la pyramide du Louvre pour dénoncer « l'impunité, la criminalité et le déni total » des personnes impliquées dans l'affaire Epstein. Sophia Antoine, l'une des participantes, a expliqué que chaque militante torse nu portait sur son corps le nom d'une personnalité concernée - Donald Trump, Jack Lang, Bill Clinton - et réalisait une danse satirique avec des masques de porcs pour montrer « toute l'horreur et la répugnance » de cette affaire de trafic sexuel de mineures.

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L'émancipation économique au cœur des revendications

L'émancipation économique des femmes constituait également une préoccupation majeure des manifestantes. Les femmes occupent encore majoritairement des métiers moins rémunérateurs et davantage à temps partiel. Selon les dernières données de l'Insee pour 2024, le salaire moyen des femmes dans le secteur privé reste inférieur de 21,8% à celui des hommes. L'écart en équivalent temps plein « à emploi comparable » persiste à 3,6%, alors que l'échéance pour transposer la directive européenne sur la transparence salariale approche.

Une participation en forte augmentation

L'année dernière, les organisateurs avaient revendiqué 120 000 participants à la marche parisienne et 250 000 au total en France. Cette année, la police a comptabilisé 47 000 manifestants à Paris seulement, soit près du double du chiffre de l'année précédente, témoignant d'une mobilisation croissante et d'une prise de conscience collective amplifiée.