Le "bodycount" : un outil de contrôle social de la sexualité féminine selon l'Ifop
Le bodycount, un contrôle social de la sexualité des femmes

Le "bodycount" : un dispositif de contrôle social de la sexualité féminine

Popularisée massivement sur les réseaux sociaux ces dernières années, l'injonction faite aux femmes de maintenir un "bodycount" peu élevé – c'est-à-dire un nombre restreint de partenaires sexuels – exerce un impact direct et significatif sur leur vie sentimentale. C'est ce que pointe avec force une étude récente de l'Institut français d'opinion publique (Ifop), mettant en lumière les mécanismes de contrôle social qui se cachent derrière ce phénomène numérique.

Origines militaires et détournement masculiniste

Le terme "bodycount", que l'on peut traduire littéralement par "décompte de corps", trouve son origine historique pendant la guerre du Vietnam, où il servait à désigner le nombre de morts sur un champ de bataille. Cependant, ce vocabulaire a été détourné et réapproprié par des influenceurs masculinistes américains, qui l'utilisent désormais pour catégoriser les femmes selon leur expérience sexuelle.

Ces figures médiatiques établissent une distinction binaire entre les "bad girls" – désignées comme étant "abîmées" par un bodycount élevé et dont il conviendrait de se détourner – et les "good girls" – présentées comme s'étant "préservées" et demeurant ainsi dignes d'intérêt. Cette thèse ultraréactionnaire, véhiculée à grand renfort de vidéos devenues virales sur les plateformes numériques, a progressivement contaminé le paysage français.

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Une injonction internalisée par les jeunes femmes

Le phénomène du bodycount ne se cantonne plus aux bas-fonds les plus trash du web. Cette injonction à la "réserve féminine" – un autre terme en plein essor dans ce discours – est devenue si populaire que les jeunes femmes l'ont désormais intégrée dans leur propre perception de leur sexualité. Alex Hitchens, coach en séduction autoproclamé avec 400 000 abonnés sur YouTube et figure du masculinisme tricolore, affirmait récemment : "Bien entendu que je demande leur 'bodycount' aux femmes que je rencontre. Je ne veux pas d'une femme avec un chiffre élevé, qui ne s'est pas préservée."

Le sondage de l'Ifop révèle que cette pression sociale numérique se traduit par des comportements concrets dans la vie réelle des femmes. La question "T'as combien de bodycount ?" s'est imposée comme une interrogation récurrente dans les interactions sentimentales contemporaines, obligeant les femmes à justifier leur parcours sexuel et à se conformer à des normes arbitraires.

Impact sur la vie sentimentale et l'autonomie féminine

L'étude démontre que cette injonction numérique exerce une influence directe sur les choix sentimentaux et sexuels des femmes. En créant une hiérarchie morale basée sur le nombre de partenaires, le concept de bodycount participe activement à la régulation sociale de la sexualité féminine, limitant l'autonomie des femmes dans ce domaine fondamental de leur existence.

Cette internalisation des normes masculinistes par les femmes elles-mêmes représente l'un des enseignements les plus préoccupants de la recherche. Les jeunes femmes interrogées montrent une tendance à s'autocensurer et à adapter leur comportement sexuel pour correspondre aux attentes véhiculées par ce discours numérique, même lorsque ces attentes entrent en contradiction avec leurs propres désirs et aspirations.

Le phénomène du bodycount illustre ainsi comment les outils numériques et les réseaux sociaux peuvent servir de vecteurs à des idéologies réactionnaires, transformant des concepts marginaux en normes sociales influençant directement la vie intime des individus, et particulièrement des femmes.

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