Les Guerrières de la Paix alertent sur les fractures des luttes antiracistes et féministes
Fractures des luttes antiracistes : l'alerte des Guerrières de la Paix

Une tribune urgente sur les fractures des mouvements militants

Dans une tribune publiée le 13 avril 2026, le collectif Les Guerrières de la Paix, représenté par Hannah Assouline, Aïda Tavakoli et Fatym Layachi, lance un cri d'alarme sur les divisions croissantes au sein des mouvements antiracistes et féministes. Les trois signataires rappellent avec force qu'« aucune minorité dans notre pays victime de haine et d'ostracisme ne peut être abandonnée ou pire, ciblée ».

Des luttes nécessaires mais fragilisées

Les auteurs constatent que les luttes émancipatrices, censées protéger et rassembler, se fissurent dangereusement. Alors que les forces réactionnaires progressent mondialement, les divisions internes menacent la capacité de résistance commune. « Jamais nos luttes n'ont été aussi nécessaires, et jamais elles n'ont été aussi fragiles », soulignent-ils avec inquiétude.

Les tensions se multiplient depuis plusieurs années. Les marches féministes et antiracistes, autrefois lieux de convergence, deviennent le théâtre d'exclusions et de mises à l'écart. L'antisémitisme semble se marchander, l'islamophobie se décomplexer, tandis que la laïcité est instrumentalisée par les extrêmes. Les positions sur la politique internationale obéissent à une vision binaire du monde, divisé en deux camps monolithiques.

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Un épisode révélateur : l'intrusion du 14 mars 2026

Un événement récent a franchi un seuil intolérable. Le 14 mars 2026 à Paris, lors de la Marche des Solidarités organisée en hommage aux victimes du racisme et des violences policières, un groupe de militants cagoulés se réclamant du régime islamique iranien s'est introduit dans la manifestation. Or ce régime pratique depuis quarante-sept ans une répression systématique, persécute les minorités et pratique un apartheid de genre.

Que des défenseurs d'un tel pouvoir puissent se réclamer de manifestations antifascistes constitue une contradiction fondamentale. Leur présence révèle la porosité croissante des espaces militants à des logiques politiques contre lesquelles ils prétendent lutter. Face à cette situation, les signataires ont décidé de se retirer du cortège, mais refusent d'ignorer les fractures ainsi révélées.

Des fractures idéologiques profondes

« Nos désaccords ne sont pas seulement stratégiques ; ils sont idéologiques », affirment les auteurs. Ces fractures obligent à une réflexion politique profonde sur les raisons de nos combats, nos alliés et nos valeurs fondamentales.

La question géopolitique est devenue un point de rupture central, particulièrement depuis le 7 octobre 2023. Les logiques de polarisation voudraient nous faire croire que le monde serait divisé entre Nord et Sud, impérialistes et anti-impérialistes. Cette grille de lecture essentialise les peuples et brouille nos repères fondamentaux : « on ne combat pas une domination en en excusant une autre ».

Le piège mortifère des divisions

Pour de nombreux citoyens juifs, la relativisation de l'antisémitisme dans une partie de la gauche est vécue comme une trahison insoutenable. De même, pour beaucoup de citoyens musulmans, le manque de clarté face à l'islamophobie grandissante prend la forme d'un abandon dangereux. Chacun se sent seul, ciblé, inquiet, comme si le soutien aux uns devait se faire au prix du sacrifice des autres.

Ce sont toujours les mêmes mécanismes à l'œuvre : des minorités déjà fragilisées se retrouvent instrumentalisées et dressées les unes contre les autres. Pendant ce temps, les racistes, antisémites et islamophobes se renforcent. « Nos histoires, nos souffrances ne s'annulent pas les unes les autres. C'est même précisément le contraire : elles se renforcent et se font écho », rappellent les auteurs.

Refuser le piège et reconstruire

Face à cette situation, Les Guerrières de la Paix proposent plusieurs pistes d'action. D'abord, aucune complaisance ne peut être tolérée à l'égard des régimes autoritaires, quels qu'ils soient. La résistance nécessaire face à l'impérialisme ne peut justifier l'injustifiable.

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Ensuite, il faut refuser les hiérarchies implicites entre les luttes. « L'antiracisme ne se divise pas. Le féminisme ne se négocie pas ». La lutte contre l'antisémitisme et l'islamophobie ne doit jamais devenir une variable d'ajustement optionnelle.

Enfin, il s'agit de créer les conditions d'un désaccord soutenable : un espace où l'on puisse confronter des positions sans disqualifier les personnes, débattre sans exclure, reconstruire sans renoncer à ses principes fondamentaux. La démocratie, qui protège les libertés individuelles et exige la coexistence de nos pluralités, doit constituer le socle indiscutable de nos engagements militants.

L'action concrète des Guerrières de la Paix

Le collectif met déjà en pratique cette ambition à travers l'organisation des « Cafés des Guerrières », des rencontres mensuelles où des sensibilités différentes peuvent se croiser, échanger et s'interpeller. Ces espaces permettent de mesurer à quel point nombre de citoyens vivent dans une solitude profonde et un désarroi face au déboussolement de nos repères communs.

Le travail de réparation est difficile, exigeant, mais indispensable. Il s'agit de bâtir un socle commun suffisamment solide pour permettre l'action malgré nos désaccords, de retrouver un horizon partagé sans gommer les différences. « Et il est temps ! », concluent les signataires avec une urgence palpable.