En Chine, un mouvement grandit sur les réseaux sociaux : des femmes exhibent fièrement leurs aisselles, qu'elles soient naturelles ou teintes de couleurs vives, pour protester contre des canons de beauté jugés artificiels et imposés. Cette tendance, qui gagne du terrain, s'inscrit dans une remise en question plus large des standards esthétiques dominants dans le pays.
Un geste de rébellion esthétique
Le phénomène, rapporté par Le Monde le 23 août 2026, prend la forme de selfies et de vidéos publiés sur des plateformes comme Xiaohongshu (le « Petit Livre rouge ») ou Douyin, l'équivalent chinois de TikTok. Les participantes y montrent leurs aisselles non épilées, parfois agrémentées de teintures flashy – rose, bleu, vert – ou de petits motifs dessinés. L'objectif est clair : dénoncer l'injonction sociale à l'épilation, considérée comme une norme artificielle et contraignante.
Ce mouvement intervient dans un contexte où l'industrie de la beauté chinoise, pesant des centaines de milliards de yuans, promeut massivement des standards de peau lisse et sans défaut. Pour les militantes, exhiber des poils sous les bras est un acte politique qui vise à déconstruire ces idéaux et à revendiquer la liberté de disposer de son corps.
Des chiffres révélateurs
Selon les données citées par l'article, le hashtag associé à ce mouvement aurait cumulé plus de 100 millions de vues sur les principales plateformes sociales chinoises en quelques semaines. Ce chiffre témoigne d'un intérêt croissant, notamment chez les jeunes générations urbaines, pour des formes de beauté alternatives et plus authentiques.
« Nous ne sommes pas contre l'épilation en soi, mais contre l'obligation de s'y conformer », explique une participante interrogée par Le Monde, sous couvert d'anonymat. « Chacune devrait pouvoir choisir ce qu'elle fait de son corps, sans pression sociale ni jugement. » Cette prise de parole illustre un changement de mentalité, particulièrement visible dans les grandes métropoles comme Shanghai ou Pékin.
Une réponse aux diktats de l'industrie
Les marques de cosmétiques et de produits d'hygiène, qui dépensent des sommes considérables en publicité pour promouvoir l'épilation, commencent à réagir. Certaines ont lancé des campagnes mettant en scène des mannequins aux aisselles naturelles, tandis que d'autres proposent désormais des gammes de crèmes dépilatoires « douces » ou « respectueuses » de la peau, tentant de s'adapter à cette nouvelle sensibilité.
Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large de « body positive » qui émerge en Chine, après des années de domination de standards très stricts, souvent inspirés des canons occidentaux ou coréens. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette évolution, en offrant une caisse de résonance à des voix jusqu'ici marginalisées.
Un impact encore limité mais réel
Si le phénomène reste minoritaire, il a le mérite de poser la question de la liberté individuelle et de l'acceptation de soi. Des influenceuses, suivies par des millions d'abonnés, ont commencé à relayer ces images, contribuant à normaliser l'apparence naturelle. Certaines écoles de mode et agences de mannequins ont même intégré cette tendance dans leurs castings, recherchant des profils plus diversifiés.
Les observateurs notent toutefois que le mouvement pourrait rencontrer des limites, notamment en raison de la censure d'Internet en Chine, qui peut restreindre la diffusion de contenus jugés subversifs. Pour l'heure, les publications restent autorisées, mais leur pérennité dépendra de l'évolution du climat social et politique.
À terme, les militantes espèrent que cette visibilité contribuera à faire évoluer les mentalités et à réduire la pression esthétique pesant sur les femmes chinoises. Elles appellent à davantage de diversité dans les représentations médiatiques et publicitaires, afin que la beauté ne soit plus synonyme de conformité, mais d'expression libre de soi.



