La duchesse d'Uzès : une pionnière au volant et dans la société
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Midi Libre met en lumière le parcours exceptionnel de cinq Gardoises qui ont marqué leur époque. Parmi elles, Anne de Rochechouart de Mortemart, plus connue sous le nom de duchesse d'Uzès, se distingue comme une figure avant-gardiste du féminisme et de l'automobile.
Une vie aux antipodes des conventions de son temps
Née le 10 février 1847 à Paris, issue de la haute noblesse et arrière-petite-fille de la célèbre Veuve Clicquot, la duchesse d'Uzès épouse Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, dont elle devient veuve à seulement 31 ans. Émancipée par les lois de l'époque, elle élève seule ses quatre enfants et mène une vie résolument moderne qui fascine autant qu'elle choque la société de la Belle Époque.
Vedette incontestée de son temps, elle s'illustre dans des domaines aussi variés que la politique, les mondanités, l'art et le sport, défiant constamment les attentes liées à son rang et à son genre.
Un engagement féministe paradoxal
Influente dans la haute société parisienne, la duchesse s'engage activement pour des causes féministes et suffragistes, un paradoxe notable au regard de ses préférences royalistes affirmées. Son militantisme prend des formes multiples et témoigne d'une personnalité complexe et déterminée.
Artiste prolifique sous le nom de Manuela
La duchesse d'Uzès révèle également des talents artistiques remarquables :
- Sculptrice de renom
- Poétesse et écrivaine publiant sous le pseudonyme de Manuela
- Présidente de l'Union des femmes peintres et sculpteurs pendant trente ans à partir de 1901
Certaines de ses œuvres, comme la sculpture Saint Hubert conservée dans la crypte de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, contribuent significativement au patrimoine artistique français.
Pionnière de l'automobile et féministe du volant
Ancrée dans son époque, la duchesse manifeste une fascination particulière pour les avancées technologiques. Elle acquiert une voiture Delahaye Type 1 et, pour en jouir pleinement, devient la première femme à obtenir le "certificat de capacité féminine" le 12 mai 1898, à l'âge de 51 ans. Ce document équivaut au permis de conduire moderne.
Son audace au volant lui vaut également une distinction moins glorieuse : elle reçoit la première contravention de l'histoire pour excès de vitesse, démontrant ainsi son refus des limitations imposées aux femmes.
Face à l'exclusion de l'Automobile Club de France, réservé aux hommes, elle fonde en 1927 son propre Automobile Club féminin, transformant ainsi sa passion automobile en véritable outil d'émancipation féminine.
Un héritage durable jusqu'à sa mort
Jusqu'à son décès le 3 février 1933 à l'âge de 86 ans, la duchesse d'Uzès porte inlassablement le combat pour l'accès des femmes à la conduite automobile. Son parcours singulier incarne la lutte pour l'autonomie féminine à travers la maîtrise de la technologie et la transgression des normes sociales.
Son histoire témoigne de la manière dont une femme de l'aristocratie a su utiliser son statut pour défier les conventions et ouvrir la voie aux générations suivantes, faisant de l'automobile un symbole puissant de liberté et d'indépendance féminine.



