Un diagnostic sévère des maux du féminisme contemporain
Le nouvel essai de Diane Richard, Lutter sans se trahir. Récit d’un féminisme confisqué publié aux éditions Stock, se présente comme une radiographie approfondie des dérives qui rongent le mouvement féministe depuis plusieurs années. Cette féministe de gauche, ancienne membre du collectif #NousToutes, utilise son parcours personnel pour analyser les angles morts et les impensés qu'elle a observés au sein du militantisme.
Les travers du militantisme moderne
Dans un entretien accordé à L'Express, Diane Richard développe sa thèse centrale : le militantisme est malade. Elle précise immédiatement que ces maladies ne concernent pas uniquement le féminisme, mais touchent plus largement tous les engagements politiques et sociaux. "Le fait de se battre pour une cause implique de faire bloc - contre l’extrême droite, le racisme, etc. – et donc de tenir une ligne officielle", explique-t-elle.
Cette dynamique de groupe peut, selon elle, conduire à des dérives inquiétantes : la volonté de faire taire toute critique interne, une dérive vers le sectarisme et ce qu'elle nomme la "pureté militante". Richard dénonce particulièrement le refus du compromis et des avis divergents qui caractérise selon elle certains cercles militants.
Des exemples concrets de dérives
L'autrice illustre son propos avec des expériences vécues au sein de #NousToutes. Elle raconte comment la perspective de participer à des événements ou d'accepter des subventions provenant d'entreprises jugées capitalistes était "absolument inenvisageable" pour certains membres du collectif.
Elle pointe également un autre travers : la focalisation excessive sur des détails relativement insignifiants, comme le choix du vocabulaire approprié. Cette tendance s'expliquerait, selon elle, par le besoin des militants minoritaires dans la société de s'accrocher à des marqueurs symboliques qui leur donnent l'impression d'exercer un certain pouvoir.
Les silences qui interrogent
Diane Richard aborde dans son ouvrage plusieurs sujets sensibles qui divisent le mouvement féministe. Elle évoque notamment le silence de certaines féministes face aux violences subies par les femmes israéliennes lors de l'attaque du 7 octobre 2023. Pour elle, ce silence révèle une hiérarchisation problématique des luttes et des souffrances.
L'autrice plaide pour une approche plus nuancée qui refuserait d'opposer systématiquement le féminisme "universaliste" et le féminisme "intersectionnel". Elle appelle à dépasser ces clivages théoriques pour construire un militantisme plus inclusif et efficace.
Les remèdes proposés
Face à ces diagnostics sévères, Diane Richard propose des pistes pour un militantisme "sain". Elle identifie trois principaux maux à combattre en priorité :
- Le refus du dialogue
- La peur de la remise en question
- L'intolérance au désaccord
Son essai se veut donc à la fois un constat critique et un appel à la réflexion collective. Diane Richard invite les féministes à repenser leurs pratiques militantes pour éviter les écueils du sectarisme et du dogmatisme, tout en conservant la force de leur engagement pour l'égalité entre les femmes et les hommes.



