Le phénomène du 'bodycount' sur TikTok : un stigmate sexiste qui cible les jeunes femmes
« Tu as couché avec combien de mecs ? » Cette question, loin d'être anodine, envahit les réseaux sociaux comme TikTok, où des vidéastes interpellent des passantes pour leur demander leur « bodycount », c'est-à-dire le nombre de partenaires sexuels qu'elles ont eus. Popularisé par des influenceurs masculinistes ou des figures d'extrême droite telles que Thaïs d'Escufon, ce concept prend de l'ampleur au sein de la Génération Z, créant un climat de jugement et d'insécurité.
Un sondage révélateur : 70% des femmes de la Gen Z se sentent dévalorisées
Dans une société qui valorise souvent l'expérience sexuelle masculine tout en la sanctionnant chez les femmes, le stigmate lié au bodycount est profondément intériorisé. Un sondage publié ce jeudi par l'Ifop pour espaceplaisir montre que 70% des femmes de la Gen Z affirment qu'un nombre élevé de partenaires sexuels tend à les dévaloriser auprès de leur entourage. Jade*, 26 ans, exprime son regret : « Je trouve ça triste que ce soit devenu un phénomène dans notre société et une question parfois importante dans un couple. »
Témoignages poignants : des relations brisées par le poids du passé sexuel
Pauline*, 33 ans, a vécu une expérience traumatisante l'été dernier. Alors qu'elle commençait à fréquenter un homme, il l'a questionnée sur son passé sexuel. Après avoir révélé avoir eu une cinquantaine de partenaires, il lui a déclaré deux jours plus tard : « Avec ton passé sexuel, j'ai peur que tu sois une fille facile et comme on est à distance la semaine, ça ne me convient pas. » Sidérée par cette remarque « assez violente », Pauline a assumé son passé, mais leur relation s'est terminée au bout d'un mois. Elle souligne que ces discours virilistes ne sont pas nouveaux, rappelant qu'à 22 ans, un ancien petit ami lui avait dit que les femmes avec trop de partenaires étaient des « salopes ».
Des chiffres alarmants : 74% des hétérosexuelles perçoivent une dévalorisation
Le sondage de l'Ifop indique que 74% des femmes hétérosexuelles perçoivent cette dévalorisation, contre seulement 34% des lesbiennes, confirmant que le stigmate du bodycount élevé est avant tout une question de masculinité. Avec l'exposition croissante des jeunes hommes aux discours virilistes, ce phénomène risque de persister, affectant la vie sentimentale des jeunes femmes. Près d'un quart des femmes âgées de 15 à 29 ans interrogées déclarent qu'un homme a déjà refusé de s'engager avec elles après avoir appris leur nombre de partenaires jugé élevé.
La peur du jugement et la quête d'acceptation
Jade, qui a rencontré son petit ami il y a un an, a éprouvé une « peur d'être jugée » en raison de leur passé sexuel différent. Elle explique : « Au début, ces discussions étaient source de stress pour moi. J'avais envie d'être parfaite pour lui, et je n'avais pas envie que ce thème devienne un sujet de conflit. » Après plusieurs conversations, elle s'est livrée progressivement, réalisant que son partenaire cherchait à la comprendre plutôt qu'à la juger sur un chiffre. Paradoxalement, elle note qu'ils doivent aujourd'hui « tous les deux accepter [leurs] passés ».
Une tolérance asymétrique : les femmes plus indulgentes envers les hommes
Si les jeunes femmes se sentent jugées sur leur bodycount, elles se montrent plus tolérantes envers celui de leur partenaire. 70% des femmes âgées de 15 à 29 ans interrogées disent pouvoir se mettre en couple avec un homme ayant un bodycount élevé. Le sondage fixe un seuil de partenaires à ne pas dépasser « pour ne pas être mal vue » à 9 pour les femmes, contre 11 pour les hommes. Pauline regrette cependant que le « regard féminin » ne soit « souvent pas plus bienveillant », citant une amie qui lui a dit il y a dix ans : « Ça va, tu as encore un tout petit peu de marge mais après ça fera beaucoup. » Une marge qu'elle a depuis joyeusement dépassée.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat. Le sondage a été réalisé dans le cadre de l'Observatoire du bien-être sexuel de la Gen Z auprès d'un échantillon national représentatif de 1.011 femmes âgées de 15 à 29 ans.



