8 mars : bien plus qu'une simple journée de la femme
Lors de la marche pour la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars 2020 à Paris, des affiches proclamaient « On se lève et on se casse ». Cette image illustre parfaitement l'esprit militant de cette journée, souvent mal comprise par ceux qui la réduisent à une « joyeuse fête de la femme » accompagnée de roses rouges ou de boîtes de chocolats. Certains remettent même en cause sa pertinence, affirmant que « l'égalité professionnelle est acquise en France » ou réclamant « une Journée internationale des droits des hommes ». Voici les arguments et chiffres qui contredisent ces affirmations.
Une journée militante, pas commerciale
Instituée en 1977 par l'ONU, la « Journée internationale des femmes » est célébrée le 8 mars dans de nombreux pays. En 1982, Yvette Roudy, alors ministre déléguée aux droits de la femme, fait reconnaître cette date en France comme « Journée internationale des droits des femmes ». Pourtant, chaque année, des opérations marketing sexistes persistent, vantant vernis à ongles ou bouquets de fleurs.
Cette journée a été créée dans une perspective militante. Elle réaffirme l'importance de la lutte pour les droits des femmes et rend hommage aux combats passés et présents pour l'égalité. Comme le rappelait en 2019 le collectif féministe #Noustoutes : « Le 8 mars n'est pas la Journée internationale de la femme, celle où on offre des soutiens-gorge, mais la Journée internationale des droits des femmes. Le droit de ne pas mourir sous les coups de son conjoint par exemple. »
Il ne s'agit ni d'une Saint-Valentin bis, ni d'une célébration de « la femme » au singulier, qui suggérerait une essence féminine unique. « “La” femme n'existe pas. Nous sommes des millions », résume la militante féministe Caroline De Haas.
L'égalité professionnelle : un objectif loin d'être atteint
Si le principe « à travail de valeur égale, salaire égal » est inscrit dans le code du travail depuis 1972, la réalité est tout autre. Selon l'Insee, dans le secteur privé, les femmes gagnent en moyenne 16,8 % de moins que les hommes en équivalent temps plein. En tenant compte du temps partiel et de l'activité professionnelle, cet écart atteint 28,5 %.
Les inégalités persistent également dans l'accès aux postes de direction. Malgré la loi Copé-Zimmermann (2011) imposant 40 % de femmes dans les conseils d'administration, elles ne sont que 20 % dans les comités exécutifs. Seul un groupe du CAC 40, Engie, est dirigé par une femme, Catherine MacGregor.
Représentation et stéréotypes persistants
Les femmes restent sous-représentées dans de nombreuses professions, notamment dans les métiers du vin, l'informatique et les filières scientifiques. Alors que la France est au premier rang pour l'éducation des filles, seulement 27 % des étudiants en formations d'ingénieurs sont des femmes, un paradoxe largement dû aux stéréotypes genrés.
En politique, malgré la loi sur la parité de 2000, les femmes ne représentent que 35 % au Sénat et 38 % à l'Assemblée nationale. 80 % des mairies sont dirigées par des hommes, et avant Elisabeth Borne en 2022, seule Edith Cresson avait été première ministre sous la Ve République.
La charge domestique et mentale
Les inégalités se manifestent aussi au foyer. Selon l'Insee, les Françaises consacrent en moyenne 3 heures 26 par jour aux tâches domestiques, contre 2 heures pour les hommes. L'écart se réduit lentement, et « au rythme actuel, il faudrait des décennies pour arriver à l'équilibre », souligne l'institut.
À cela s'ajoute la « charge mentale », concept développé par la sociologue Monique Haicault en 1984, désignant le temps consacré majoritairement par les femmes à organiser la vie du foyer. Popularisé par la blogueuse Emma en 2017, ce phénomène pèse considérablement sur le mental des femmes.
Violences et situation internationale
En matière d'égalité des genres, la France se classe 15e sur 153 pays selon le Forum économique mondial (2020). Pourtant, en 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, et chaque année entre 2011 et 2018, 62 000 ont été victimes de viol. Près d'une femme sur trois (32 %) a déjà subi du harcèlement sexuel au travail selon l'IFOP (2018).
Le 8 mars est aussi l'occasion d'être solidaire des combats internationaux, comme le droit à l'avortement en Pologne ou au Honduras.
Des combats multiples et nécessaires
Face aux nouveaux enjeux comme la lutte contre le harcèlement de rue, la précarité menstruelle ou l'utilisation de l'écriture égalitaire, certains jugent ces combats secondaires. Pourtant, la nouvelle génération de militantes affirme qu'il n'y a pas de petit combat féministe : tout contribue à lutter contre le sexisme et le système de domination masculine.
Le féminisme pluriel et la journée des hommes
Les désaccords entre féministes sur des sujets comme la prostitution, le port du voile ou la GPA sont inhérents aux débats d'idées. Le féminisme est multiple et pluriel, et ces controverses nourrissent les réflexions.
Quant à la Journée internationale des droits des hommes, elle existe le 19 novembre mais n'est pas reconnue par l'ONU. Comme le soulignait une internaute en 2019, les hommes posent cette question « uniquement le jour de la Journée internationale des femmes... Comme s'ils ne se souciaient pas de la Journée internationale des hommes, sauf pour la Journée internationale des femmes ».
La vraie question est : pourquoi a-t-on encore besoin d'une Journée internationale des droits des femmes en 2024 ? Tout simplement parce que les femmes n'ont toujours pas les mêmes droits que les hommes dans un univers marqué par la dimension systémique du patriarcat. Cette journée reste essentielle pour rappeler les combats à mener et les progrès encore nécessaires.



