Des tensions antisémites éclipsent la Journée internationale des droits des femmes
Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs villes françaises, de Paris à Marseille, à l'occasion du 8 mars. Si cette journée était censée mettre en lumière la lutte contre les violences faites aux femmes à travers le monde, elle a été marquée par des conflits internes au mouvement féministe. En effet, de nombreux collectifs se revendiquant « féministes » se sont organisés spécifiquement pour perturber la participation des féministes juives du collectif Nous Vivrons.
Une mobilisation ciblée contre les féministes juives
Des organisations comme Nous Toutes, Boussole Féministe, Les Inverti.es ou OUTrans se sont mobilisées aux côtés du collectif Urgence Palestine, en passe de dissolution, et de l'organisation Samidoun, classée terroriste par le Canada et l'Allemagne. Leurs actions ont inclus des appels à « bloquer » Nous Vivrons sur les réseaux sociaux et la distribution de tracts dans les cortèges. Cette lutte intestine, ponctuée de saillies antisémites, a conduit à négliger l'essentiel : les femmes elles-mêmes.
Sur Instagram, la candidate à la mairie de Paris Sophia Chikirou a partagé dans sa story : « Après Némésis (collectif féministe d'extrême droite), les féministes veulent dégager les harceleurs de Nous Vivrons ». Le ton était donné pour une vingtaine de collectifs d'extrême gauche, déterminés à empêcher coûte que coûte les féministes juives de rejoindre le cortège principal.
Les oubliées des luttes : femmes juives, iraniennes et afghanes
Marzieh Hamidi, taekwondoïste afghane née en Iran et coautrice du livre Ils n'auront pas mon silence, aurait dû avoir sa place dans la manifestation. Cependant, les menaces qu'elle subit l'en ont empêchée. « Marzieh a trouvé refuge en France pour fuir les talibans. Elle endure des menaces de mort, de viol et des accusations indécentes », explique Baptiste Berard Proust, son coauteur. Malgré une protection policière renforcée, elle ne pouvait pas défiler sereinement.
Mona Jafarian, porte-parole du collectif de femmes iraniennes Femme Azadi, a également été contrainte d'éviter le rassemblement. « Urgence Palestine, Samidoun, Nous Toutes nous ont dissuadées de venir. Je suis sous protection policière pour mon engagement contre le régime de la République Islamique – il m'était impossible de mettre en danger des policiers français », déclare-t-elle. Sur les réseaux sociaux, Femme Azadi a été ciblée nommément, accusée de former un « trio de récupération des luttes féministes » avec Némésis et Nous Vivrons.
Une manifestation sous haute tension à Paris et Marseille
À Paris, le cortège est parti du quartier Stalingrad en direction de la place de la République, dans une atmosphère tendue. À Marseille, la préfecture a interdit un rassemblement au Vieux-Port contre « les sionistes » de l'antenne locale de Nous Vivrons. Dans les défilés, les drapeaux iraniens, modifiés avec le slogan « Femme Vie Liberté », étaient presque noyés sous les drapeaux palestiniens.
Seul le collectif pacifiste des Guerrières de la Paix semblait respecter la consigne « un féminisme pour toutes les femmes », donnant la parole à des femmes d'Iran, de Palestine, d'Israël, d'Ukraine, de Russie et d'Afghanistan. Dans les cortèges de la CGT ou de Révolution Permanente, les appels au cessez-le-feu se mêlaient à des chants antifascistes.
Le collectif Nous Vivrons défile sous protection policière
Le collectif Nous Vivrons a défilé sous la protection d'une cinquantaine de CRS, accompagné d'élus socialistes et Horizons comme Jérôme Guedj, Ariel Weil et Emmanuelle Hoffmann. Sarah Aizenmann, porte-parole, a rappelé : « Nous avons en mémoire le 22 novembre dernier, quand on a vu taguer “une balle pour Nous Vivrons”. Il n'est pas question de faire marche arrière. »
Face à eux, des centaines de militants, majoritairement des hommes masqués par des keffiehs, brandissaient des drapeaux palestiniens et scandaient des slogans comme « Le sionisme n'est pas un féminisme ! » ou « De Paris à Gaza, résistance ! ». Les provocations envers les policiers, incluant des cris de « ACAB », se sont multipliées, illustrant les profondes divisions qui ont marqué cette journée.



