Jeanick Brisswalter tire la sonnette d'alarme sur le financement des universités
Dans une tribune libre publiée ce dimanche, Jeanick Brisswalter, président d'Université Côte d'Azur, exprime une inquiétude grandissante face au recul continu des dotations de l'État. Cette diminution budgétaire met sérieusement en péril les ambitions et les missions fondamentales des établissements d'enseignement supérieur français.
Une vision erronée de l'université comme simple dépense
Le président dénonce une erreur de perspective récurrente lors des débats budgétaires : considérer l'université comme une dépense à maîtriser plutôt que comme un investissement stratégique. « Il est temps de renverser cette logique », insiste-t-il. L'université représente selon lui un investissement productif et indispensable qui génère une valeur ajoutée significative pour la société.
Les missions fondamentales de formation, de recherche et d'innovation constituent selon Brisswalter le véritable moteur de création de valeur. Dans un contexte mondial en transformation accélérée – numérique, écologique, sanitaire et géopolitique –, ce sont précisément les universités qui permettent d'anticiper les changements, de s'adapter et d'inventer des solutions nouvelles.
Un effet de levier économique puissant
Chaque euro investi dans l'enseignement supérieur génère un effet de levier considérable : développement de compétences, innovations technologiques, création d'emplois qualifiés et renforcement de l'attractivité des territoires. « L'université est une fabrique de solutions », affirme le président d'Université Côte d'Azur.
Pourtant, cette réalité économique semble trop souvent ignorée dans les arbitrages budgétaires, où l'université continue d'être perçue comme une charge plutôt que comme un actif stratégique.
Un déséquilibre structurel alarmant
À Université Côte d'Azur, comme dans de nombreux établissements français, l'écart entre les ambitions affichées et les moyens alloués se creuse dangereusement. En euros constants, la dotation de l'établissement a reculé depuis plus d'une décennie, représentant aujourd'hui un manque de financement supérieur à 5 millions d'euros par an.
Cette diminution des ressources intervient simultanément à une augmentation continue des coûts de fonctionnement :
- Salaires du personnel
- Dépenses énergétiques
- Frais de fonctionnement quotidiens
Les compensations apportées par l'État restent insuffisantes face à cette hausse, créant un déséquilibre structurel qui limite considérablement la capacité d'investissement des universités.
Conséquences immédiates et à long terme
Les répercussions de ce sous-investissement sont multiples et préoccupantes :
- Pression accrue sur la qualité des formations dispensées
- Réduction de l'agilité nécessaire au développement des filières d'avenir
- Risque de limitation de l'accueil des étudiants alors que la demande explose
« Sous-investir aujourd'hui, c'est hypothéquer demain », alerte Jeanick Brisswalter, soulignant que les choix budgétaires actuels compromettent directement l'avenir de l'enseignement supérieur français.
Un dynamisme maintenu malgré les contraintes
Malgré ces difficultés financières, Université Côte d'Azur continue de démontrer son dynamisme. Labellisée Initiative d'Excellence et engagée dans de nombreux projets France 2030, l'université se distingue par :
- Son excellence scientifique reconnue
- Son ouverture internationale affirmée
- Sa capacité à nouer des partenariats avec les acteurs économiques régionaux et nationaux
Plus de 30% de son budget repose désormais sur des ressources propres, témoignant d'une université qui ne se contente pas de solliciter des financements mais qui agit, innove et attire des partenariats.
Le paradoxe des attentes contradictoires
Jeanick Brisswalter pointe un paradoxe fondamental : « Nous demandons à l'université d'être toujours plus performante, plus innovante, plus ouverte, tout en lui donnant des moyens qui, en réalité, stagnent voire diminuent ». Aucun acteur économique ne pourrait selon lui soutenir durablement une telle équation.
Les études économiques confirment pourtant l'impact positif des investissements dans l'enseignement supérieur : la recherche publique entraîne l'investissement privé, accélère l'émergence de nouvelles industries et renforce la compétitivité nationale.
Un choix de société fondamental
Le président d'Université Côte d'Azur rappelle que les pays qui réussissent ont fait un choix clair : investir massivement et durablement dans leur enseignement supérieur. Ils ont compris que la richesse ne se décrète pas mais se construit patiemment dans les laboratoires, les bibliothèques et les salles de cours.
Le sujet dépasse largement le cadre strictement universitaire pour toucher à notre modèle de société tout entier, à notre capacité à rester une économie de la connaissance, à préparer notre jeunesse et à relever les défis du XXIe siècle.
C'est pourquoi Jeanick Brisswalter appelle à un engagement clair et pérenne de l'État, non pas pour préserver un statu quo, mais pour donner à l'université les moyens d'être à la hauteur des attentes que la société place en elle.
« Une université forte n'est pas une charge pour la nation, ce n'est pas une dépense. C'est un actif stratégique », conclut-il, rappelant que dans un monde où tout s'accélère, c'est un investissement que la France ne peut plus se permettre de sous-estimer.



