Crise à l'Université Paul-Valéry : 4 suicides en 5 ans, la présidente alerte Macron
Université Paul-Valéry : 4 suicides, la présidente alerte Macron

Crise profonde à l'Université Paul-Valéry de Montpellier

Anne Fraïsse, la présidente de l'Université Paul-Valéry à Montpellier, a publié une lettre ouverte adressée directement au président de la République Emmanuel Macron dans l'édition du Monde datée du 27 janvier. Ce cri d'alarme intervient dans un contexte de détérioration continue des conditions de travail au sein de l'établissement, classé comme le moins bien doté de France.

Un bilan humain dramatique

Dans sa missive, Anne Fraïsse dresse un constat accablant de la situation vécue par les personnels de son université : "En cinq ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires", révèle-t-elle, précisant que le précédent suicide remontait à vingt-cinq ans auparavant. Ce chiffre tragique s'accompagne d'autres indicateurs préoccupants :

  • 3 crises cardiaques survenues au travail
  • 2 accidents vasculaires cérébraux
  • De nombreux arrêts de travail pour maladie longue durée liés au burn-out
  • 3 fonctionnaires en activité décédés cette année

"Ces statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1003 titulaires (576 enseignants et 427 administratifs) pour 23 000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables", insiste la présidente.

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Une situation financière critique

L'Université Paul-Valéry vient de voter son sixième budget consécutif en déficit, illustrant la précarité financière chronique de l'établissement. Anne Fraïsse dénonce avec force le manque structurel d'enseignants titulaires et les difficultés permanentes liées à la gestion des vacataires. "Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent", affirme-t-elle, soulignant l'impossibilité de remplir correctement les missions universitaires "faute de bras".

Des revendications claires et urgentes

La présidente formule des demandes précises aux pouvoirs publics :

  1. Création immédiate de postes pérennes
  2. Retour à des dotations pour charges de service public proportionnelles au nombre d'étudiants accueillis
  3. Rétablissement d'un modèle d'allocation des moyens transparent et équitable

Elle pointe particulièrement l'opacité du système de financement : "Pour un étudiant de même discipline une université peut recevoir deux fois moins qu'une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait", déplore-t-elle, évoquant l'absence de justification concernant les plafonds d'emplois, la dotation de l'État ou les demandes de fermeture de formations.

Un appel à l'action présidentielle

Face à ce qu'elle qualifie de situation digne d'"Émile Zola", Anne Fraïsse conclut sa lettre par une formule particulièrement forte, empruntée aux gladiateurs de l'Antiquité : "Morituri te salutant" (Ceux qui vont mourir te saluent). Cette citation historique, adressée à celui qui finançait les jeux et présidait au destin des combattants, prend dans ce contexte une résonance tragique, symbolisant le désespoir des personnels universitaires face à leur condition.

Cette intervention publique de la présidente de l'Université Paul-Valéry s'inscrit dans une série d'alertes répétées concernant la précarité croissante au sein de l'enseignement supérieur français, particulièrement dans les établissements les moins dotés financièrement. La situation à Montpellier apparaît comme un cas emblématique des tensions qui traversent aujourd'hui le monde universitaire, entre missions pédagogiques accrues et moyens en constante diminution.

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