Le travail invisible des professeurs des écoles : une réalité sous-estimée
Les professeurs des écoles en France effectuent un travail bien plus important que ce que l'on imagine généralement. Une recherche approfondie menée dans le primaire met en lumière les tâches invisibles qui s'ajoutent au temps passé en classe, portant leur emploi du temps hebdomadaire à des sommets de 45 à 48 heures. Cette charge, souvent ignorée, provoque une profonde blessure professionnelle chez ces enseignants en quête de reconnaissance.
Les préparations : bien plus que de simples leçons
Contrairement aux idées reçues, l'activité de préparation ne se limite pas aux préparations didactiques et aux corrections. Elle englobe en réalité six ensembles distincts, résumés par le moyen mnémotechnique "PEDAGO" :
- P : préparations de planification didactique
- E : préparations relatives à l'évaluation
- D : préparations pédagogiques et didactiques
- A : préparations administratives et de concertation
- G : préparations relatives à la gestion des élèves
- O : préparations relatives à l'organisation de l'activité de préparation
Ces ensembles s'interpénètrent et se renforcent mutuellement, créant une complexité souvent sous-estimée. Par exemple, les préparations liées à la gestion des élèves sont étroitement connectées à celles de l'évaluation, elles-mêmes adossées aux préparations didactiques.
Une activité non reconnue et non rémunérée
Fait marquant, l'activité de préparation ne figure pas dans le cadre réglementaire du travail des professeurs des écoles. Elle n'est ni prescrite officiellement, ni pourvue de conditions de travail adaptées, ni rémunérée. D'un point de vue juridique, elle relève même d'une forme d'activité gratuite, laissant les enseignants compenser l'absence de moyens par leurs propres ressources.
Concrètement, sur leur temps libre et à leurs frais, ils effectuent des déplacements, des achats de matériel coûteux comme des plastifieuses, ou réaménagent leur espace de travail. Même pour une séance de mathématiques en CE2, ces dépenses sont souvent nécessaires.
L'indispensable accompagnement individualisé
L'enseignement en primaire ne peut se réduire à des cours magistraux. Il requiert un accompagnement personnalisé de chaque enfant, ce qui génère une charge de préparations constante. Contrairement aux croyances, les professeurs ne réutilisent pas telles quelles leurs préparations d'une année sur l'autre. Chaque nouvelle classe, avec ses élèves uniques, nécessite des adaptations et des réajustements permanents.
Cette pédagogie différenciée, à la fois collective et individuelle, explique pourquoi le temps consacré à la préparation ne diminue pas avec l'expérience, même lorsque les préparations didactiques sont déjà établies.
Une organisation de travail inédite et fragmentée
L'activité de préparation se fragmente tout au long de la journée, du matin au soir, au domicile, à l'école et même pendant les temps d'enseignement. Les réévaluations suggèrent que sa durée aurait augmenté, atteignant voire dépassant le temps imparti à l'enseignement lui-même.
Avec des semaines de 45 à 48 heures, les professeurs des écoles français n'ont pas à rougir de leur investissement comparé à d'autres catégories d'actifs en Europe. La question des vacances doit être comprise au prisme du genre, dans un métier où plus de 80% des enseignants sont des femmes, souvent confrontées à un cumul d'activités professionnelles et domestiques.
Un enjeu de reconnaissance et de soutien
Le faible intérêt porté à cette activité de préparation, malgré son rôle crucial, interroge. Elle représente une part colossale du travail total, non rémunérée et laissée à la discrétion des enseignants. Comme le soulignaient déjà des chercheurs il y a trente-sept ans, peut-on demander aux professeurs de puiser éternellement dans leur temps personnel pour accomplir leur mission ?
Le métier de professeur des écoles est aujourd'hui plus complexe que jamais, nécessitant une reconnaissance accrue et des moyens adaptés pour soutenir ces professionnels essentiels à notre société.



