Au Sénégal, le surf redonne l'accès à l'école aux jeunes filles déscolarisées
Surf et éducation : le pari gagnant pour les filles au Sénégal

Le surf comme passeport pour l'éducation des jeunes Sénégalaises

À Dakar, une initiative originale transforme les vagues de l'océan Atlantique en véritable levier éducatif. La Surf Academy, portée par l'organisation américaine Black Girls Surf, utilise la pratique du surf pour rescolariser les jeunes filles qui ont abandonné prématurément leurs études.

Une condition non négociable : surfer pour étudier

Le programme, codirigé par Khadjou Sambe, première surfeuse professionnelle du Sénégal, impose une règle fondamentale aux participantes : pour avoir accès aux planches, il faut impérativement suivre les cours. Cette première édition a rassemblé vingt-trois filles âgées de 7 à 17 ans, originaires du village de pêcheurs lébous de Xataxely, dans le quartier de Ngor. Parmi elles, dix-sept n'étaient pas scolarisées avant d'intégrer le dispositif.

Seynabou Tall, 14 ans, issue d'une famille de pêcheurs, illustre parfaitement ce parcours de résilience. Après avoir quitté l'école il y a quatre ans, elle a retrouvé le chemin des études grâce au programme. "Pour surfer, il faut étudier", rappelle-t-elle, soulignant le caractère indissociable des deux activités.

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Un programme complet : vagues et cahiers

Les participantes bénéficient gratuitement de leçons de surf sur la mythique "droite de Ngor", une vague réputée mondialement, tout en suivant des cours du soir cinq jours par semaine pour combler leurs lacunes scolaires. Si les sessions de surf se sont terminées fin janvier, le volet éducatif se poursuivra jusqu'en juillet, assurant un suivi pédagogique durable.

Rhonda Harper, fondatrice de Black Girls Surf, précise que l'académie offre bien plus qu'un enseignement conventionnel : "C'est un véritable programme de développement personnel qui renforce l'estime de soi des jeunes filles".

Dépasser les obstacles culturels et économiques

Le contexte local rend cette initiative d'autant plus cruciale. Selon l'Institut international de l'Unesco pour le renforcement des capacités en Afrique, en 2022, seulement 60% des filles achevaient le cycle primaire au Sénégal. La pauvreté, les tâches domestiques et les mariages précoces constituent des freins majeurs à la scolarisation.

Le père de Seynabou, comme de nombreux pêcheurs lébous, connaît des difficultés économiques liées à la raréfaction des poissons. C'est finalement sa mère, Marième Wade, elle-même limitée à l'école primaire, qui l'a encouragée à tenter l'aventure. "J'espère que ce programme ouvrira des portes à ma fille", confie-t-elle.

Des coachs inspirantes et des ambitions olympiques

Le programme crée également des modèles pour les plus jeunes. Soukeye Ndoye, 16 ans, entraîne désormais une douzaine de filles après avoir surmonté les réticences initiales de ses parents. "Au début, je tombais toujours... Maintenant, j'y vais seule et j'ai de bons appuis", témoigne-t-elle.

Khady Mbemgue, 17 ans, coach et compétitrice, s'enthousiasme : "Quand je suis dans l'eau, c'est comme si j'étais un dauphin. J'oublie tous les problèmes". Plusieurs participantes aux programmes précédents de Black Girls Surf intègrent désormais les compétitions nationales.

Khadjou Sambe, quant à elle, vise plus haut : les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Elle qui devait autrefois cacher sa passion à ses parents - "ils considéraient le surf comme réservé aux garçons" - incarne aujourd'hui la transformation des mentalités.

Cette initiative démontre comment le sport peut devenir un puissant vecteur d'émancipation et d'éducation, brisant les conventions tout en offrant de nouvelles perspectives aux jeunes filles sénégalaises.

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