Un climat de méfiance dans les salles de classe après l'assassinat de Samuel Paty
L'assassinat de Samuel Paty a profondément transformé la pratique des professeurs d'histoire-géographie, les rendant plus méfiants vis-à-vis de leurs élèves et plus prudents dans leur enseignement, avec une perte notable de légèreté. C'est ce qu'a décrit mardi Joëlle Alazard, présidente de l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie (APHG), devant la cour d'assises spéciale de Paris lors du procès en appel de quatre hommes jugés pour leur rôle dans cette affaire.
Une prudence accrue dans la transmission des connaissances
On ne délivre plus les cours de la même manière, on est beaucoup plus prudent, a témoigné Joëlle Alazard à la barre. Elle a révélé que certains de ses collègues lui confient qu'ils passent désormais plus rapidement sur certains contenus sensibles, pour éviter d'avoir des soucis avec des islamistes ou d'être jetés en pâture sur les réseaux sociaux. Cette autocensure témoigne d'un changement profond dans l'exercice du métier d'enseignant.
Une vigilance permanente depuis le drame d'octobre 2020
On a perdu beaucoup en légèreté, a insisté la responsable de l'APHG. On est plus méfiant avec les élèves, beaucoup plus vigilants qu'avant l'assassinat du professeur, survenu le 16 octobre 2020. Samuel Paty avait été tué par un djihadiste tchétchène après une campagne de haine en ligne, déclenchée parce qu'il avait montré des caricatures du Prophète lors d'un cours sur la liberté d'expression destiné à ses élèves de 4e.
Un hommage appuyé au cours de Samuel Paty
Joëlle Alazard a tenu à rendre hommage au cours dispensé par Samuel Paty, qu'elle a qualifié de parfaitement conforme à ce qui était attendu dans le cadre de l'Enseignement moral et civique (EMC). Il s'agissait vraiment de faire réfléchir sur ce qu'est la liberté d'expression en France, a-t-elle expliqué, énumérant les thèmes abordés :
- Les tensions que cette liberté peut engendrer
- Ses limites légales et éthiques
- La question du respect que pouvaient soulever certaines caricatures
Il ne s'en est jamais pris aux croyants, il n'a jamais eu de propos anti-religieux, a-t-elle souligné, défendant la légitimité pédagogique de son collègue.
Le contexte judiciaire et l'appel à la nation
Rappelons que l'assaillant avait décapité sa victime avant d'être abattu par la police. Parmi les accusés, un militant islamiste, Abdelhakim Sefrioui, aujourd'hui âgé de 66 ans, et un père d'élève, Brahim Chnina, 54 ans, sont spécifiquement jugés pour avoir orchestré la campagne de haine qui a conduit au drame. On a besoin que la nation fasse bloc autour de nous, a répété Joëlle Alazard, exprimant l'attente du corps enseignant. Le verdict, prévu samedi, est très attendu par l'ensemble de la profession, qui espère une reconnaissance des difficultés auxquelles elle est confrontée depuis ce tragique événement.



