Panthéonisation de Samuel Paty : une pétition pour honorer les enseignants et la République
Samuel Paty au Panthéon : une pétition pour les enseignants

Une initiative pour honorer la mémoire d'un professeur et tous les enseignants

« Parce qu'il enseignait la liberté d'expression, parce qu'il formait des citoyens éclairés, parce qu'il incarnait les idéaux des Lumières face à l'obscurantisme. » Ces phrases extraites d'une pétition sur Change.org résument l'essence de la démarche visant à faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Lancée cette semaine, cette initiative connaît un succès retentissant avec déjà plus de 32 000 signataires.

Un comité de soutien prestigieux et symbolique

Mardi 31 mars, un comité de panthéonisation s'est réuni pour donner une nouvelle impulsion à cette campagne initiée en janvier. Parmi ses membres figurent des enseignants, des historiens, des artistes, des journalistes et même d'anciens Premiers ministres comme Édouard Philippe et Bernard Cazeneuve. La réunion s'est tenue au café du Croissant, lieu symbolique où Jean Jaurès fut assassiné en 1914.

Christophe Capuano, professeur d'Histoire et ami de Samuel Paty, a rappelé lors de cette réunion une lettre de Jaurès aux instituteurs datant de 1888 : « Vous tenez entre vos mains l'intelligence et l'âme des enfants. Vous êtes responsable de la patrie. » Ces mots résonnent particulièrement avec l'engagement de Samuel Paty, qui a payé de sa vie son attachement à former des citoyens éclairés.

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Une démarche collective pour honorer tous les professeurs

En décembre 2025, Gaëlle Paty, sœur de Samuel Paty, et Christophe Capuano ont rencontré Joëlle Alazard, présidente de l'Association des professeurs d'Histoire-géographie (APHG). Cette dernière avait créé dès 2020 le prix Samuel-Paty, destiné aux collégiens et lycéens et centré sur les principes démocratiques.

« Faire entrer Samuel Paty au Panthéon, c'est rendre hommage aux milliers de professeurs qui, dans l'ombre, dans l'intimité de leur classe, tiennent la promesse républicaine », souligne Joëlle Alazard. Elle ajoute : « Nous sommes un pays de cérémonies. Or, les cérémonies ont une vertu, une efficacité. »

Une tradition républicaine à réinventer

La pétition cite en référence quatre figures panthéonisées : Alphonse Baudin, Sadi Carnot, Missak Manouchian et Marc Bloch, qui entrera au Panthéon en juin prochain. « C'est une autre tradition qui existe au Panthéon et dont on parle trop peu », explique Joëlle Alazard. « Bien sûr, il y a les résistants, mais il y a aussi ces figures qui ont défendu une certaine idée de la République et ont été tuées pour cela. »

Cette initiative interroge la définition moderne du héros républicain. Depuis Jean Moulin en 1964, les résistants ont été largement honorés au Panthéon. Mais quelle forme prend la résistance aujourd'hui, quand l'adversaire a changé et que le courage s'exerce avec une craie ou un stylo plutôt qu'une arme ?

Un débat national sur la reconnaissance républicaine

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a exprimé des réserves sur RTL le 1er avril : « Le Panthéon est plutôt dédié à ceux qui ont sciemment, et par leur création et leur engagement, marqué l'histoire de la nation. Samuel Paty est un très grand symbole pour nous, malheureusement c'est à son corps défendant. »

Les initiateurs de la pétition répondent que Samuel Paty ne se résume pas à son assassinat. Le texte précise : « Il n'a pas renoncé. Jusqu'à la fin, malgré les menaces, malgré les pressions, il a refusé d'abandonner son combat pour continuer à transmettre. »

Face aux accusations potentielles d'islamophobie, Joëlle Alazard insiste sur le caractère apaisé de cette démarche : « Cette panthéonisation, loin des assignations identitaires, n'est pas demandée avec des accents vengeurs, de même que Samuel Paty ne prônait pas une laïcité de combat, mais émancipatrice. »

Une réflexion sur les valeurs républicaines

La pétition soulève des questions fondamentales sur la nature du Panthéon et la définition du « grand homme » dans la France contemporaine. « Le Panthéon n'est ni un musée ni un tombeau », affirme Joëlle Alazard, rappelant que cette démarche n'est pas un geste de déploration, mais une affirmation des valeurs républicaines.

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Emmanuel Macron avait déclaré lors de l'hommage national en octobre 2020 : « Tombé parce qu'il avait fait le choix d'enseigner, assassiné parce qu'il avait décidé d'apprendre à ses élèves à devenir des citoyens. » Ces mots faisaient implicitement de Samuel Paty, et par extension de tous les enseignants, des soldats de la République.

Selon la procédure habituelle, la décision finale revient maintenant à l'Élysée. Le président devra décider s'il reçoit le comité de panthéonisation et s'il donne suite à cette demande. Avec ses milliers de signataires, cette pétition démontre déjà l'importance symbolique de cette question pour de nombreux citoyens attachés aux valeurs de l'école républicaine.

Cette initiative dépasse la simple reconnaissance individuelle pour poser une question plus large : comment la République honore-t-elle ceux qui défendent ses valeurs au quotidien, parfois au péril de leur vie ? La réponse à cette question dira beaucoup de notre rapport collectif à l'éducation, à la liberté d'expression et aux idéaux républicains.