Rentrée scolaire reportée dans un Liban en pleine crise
La rentrée des classes est officiellement reportée au Liban, alors que le pays sombre dans un chaos économique et social sans précédent. La décision a été annoncée dans la soirée de dimanche, à la veille de la reprise prévue, reportant la rentrée scolaire au 11 octobre prochain.
Un système éducatif à l'arrêt
Le ministère de l'Éducation nationale justifie cette mesure par la nécessité de poursuivre le dialogue constructif avec les représentants des enseignants, qui réclament une revalorisation de leurs salaires. Mais la réalité dépasse largement les simples revendications salariales.
Diana Zein, professeur d'anglais dans un lycée de Beyrouth, décrit une situation catastrophique : "On n'a pas d'électricité, on n'a pas d'essence, alors tu ne peux pas aller à l'école. Il y a des écoles où il n'y a rien : ni manuels scolaires, ni cartables..."
La population au bord de la rupture
Pour de nombreuses familles libanaises, assumer les frais de scolarité et l'achat des fournitures devient impossible. Mohamed, chauffeur de taxi, témoigne : "Les prix ne font qu'augmenter : la nourriture, les habits, l'école. Je fais la queue pendant six ou sept heures pour trouver de l'essence. Je suis fatigué, en colère, mais j'ai une famille, et je dois élever mes enfants."
La pénurie de carburant paralyse le pays, tandis que l'inflation galopante rend la vie quotidienne insupportable pour la majorité de la population.
L'exode massif de la jeunesse
Face à cette situation, de nombreux Libanais choisissent l'exil. Ghadi, 21 ans, a décidé de poursuivre ses études en France, suivant ainsi la voie empruntée par de nombreux jeunes de sa génération.
Talal, un plombier de 47 ans, raconte son départ imminent avec ses trois enfants : "Il n'y a plus de vie au Liban. J'ai vendu ma voiture, mon téléphone, mes meubles pour payer les billets : 1 000 dollars, pour la Turquie. Là-bas, ce n'est pas cher, il y a la sécurité, l'électricité, de l'essence, du gaz, et les prix n'augmentent pas chaque semaine comme ici."
Une crise sanitaire et politique
Au-delà de la crise économique, les professionnels de santé alertent sur une véritable épidémie de troubles mentaux qui frappe la population libanaise, épuisée par des années de difficultés.
Sur le plan politique, le Premier ministre Najib Mikati, nommé le 10 septembre après treize mois de vacance du pouvoir, s'est engagé auprès d'Emmanuel Macron à mettre en œuvre les réformes nécessaires "dans les plus proches délais". Le président français a quant à lui déclaré : "La France ne lâchera pas le Liban mais le chemin est ardu, la tâche est difficile", reconnaissant implicitement l'ampleur des défis à relever.
Le Liban se trouve ainsi à un tournant critique de son histoire, avec un système éducatif paralysé, une économie en lambeaux et une population contrainte à l'exode, tandis que les promesses de réformes peinent à convaincre des citoyens désabusés.



