Les parents d'Evaëlle sont arrivés à la cour d'appel de Versailles le 9 février 2026, le visage marqué par la douleur. « À l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. À la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement, et un jour ce poids est devenu trop lourd à porter », a déclaré Marie Dupuis, la mère d'Evaëlle, lors du procès en appel de la professeure de français de sa fille. Devant la barre, Mme Dupuis a imploré la justice de reconnaître le harcèlement imputé à l'enseignante, qui avait été relaxée en première instance.
Le drame d'Evaëlle
Le 21 juin 2019, quelques heures après son retour du collège, Evaëlle Dupuis, une adolescente de 13 ans, s'est suicidée en se pendant à l'un des barreaux de son lit, à l'aide d'un foulard. « La passion d'Evaëlle était la lecture. Elle était coquette, elle aimait les chevaux et, par-dessus tout, son chat, Lancelot », a raconté sa mère, la voix brisée par les sanglots. Elle a ajouté : « Rendre justice, c'est responsabiliser cette professeure, qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut. »
La défense de l'enseignante
Dans la matinée, la professeure de français, âgée de 63 ans et aujourd'hui à la retraite, s'est défendue d'avoir eu un comportement hostile envers Evaëlle. « Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves, mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier », a-t-elle déclaré calmement. Elle a maintenu sa version à plusieurs reprises : « Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider, au contraire. Oui, je lui ai fait des remarques sur son travail, sur le fait qu'elle faisait autre chose pendant la classe, mais comme je le faisais avec d'autres élèves. »
Les réquisitions de l'accusation
À l'issue de la journée, l'avocate générale Soisic Iroz a requis dix-huit mois de prison avec sursis contre l'enseignante, soit la même peine qu'en première instance. Pour l'accusation, la professeure de français « a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves, mais certains élèves qui sont choisis avec soin ». En avril 2025, elle avait été relaxée par le tribunal de Pontoise, qui avait estimé que les éléments retenus contre elle étaient « discordants, indirects, peu précis » ou relevaient simplement de « comportements appropriés et légitimes pour l'exercice de l'autorité d'un enseignant en classe ».
Le contexte du harcèlement
Evaëlle était décrite comme une élève « précoce », « atypique » et ayant « du mal à entrer dans le moule ». Depuis son entrée en 6e au collège Isabelle-Autissier, les problèmes s'étaient multipliés pour l'adolescente, déjà victime de brimades à l'école primaire. Elle subissait des violences et des insultes de la part de ses camarades, ainsi que des tensions avec sa professeure de français. Un jour, elle était rentrée bouleversée après une séance où l'enseignante avait demandé à toute la classe de répondre à la question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? » Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre. Evaëlle avait qualifié cette journée de « pire journée de [sa] vie ».
Les témoignages accablants
La cour a écouté les déclarations des élèves de la classe d'Evaëlle, lues à l'audience. Un enfant avait affirmé que l'enseignante « faisait beaucoup de remarques à Evaëlle. Elle lui criait souvent dessus ». Une autre camarade avait déclaré : « C'était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu'elle s'en prend aux faibles. » Dans l'après-midi, un ancien élève, J., a témoigné avoir porté plainte pour harcèlement contre la même enseignante, décrivant des brimades et des moqueries comme « Tu es débile » ou « Tout le monde a compris sauf J. ». Une autre ancienne élève a également porté plainte contre elle pour harcèlement.
Les justifications de l'enseignante
Face à ces accusations, la professeure a reconnu avoir une « personnalité clivante » et avoir pu tenir des propos « un peu secs, un peu cassants », mais elle a insisté : « Je ne voulais pas faire mal, je ne me disais pas : “chouette, je vais harceler un enfant”. » Interrogée par la présidente de la cour d'appel sur la méthode de la séance de vie de classe, elle a justifié : « Écoutez, il y a eu des avancées, je pense. Le but, c'était de résoudre les problèmes entre élèves. »
Ce procès en appel met en lumière les lacunes du système éducatif face au harcèlement scolaire, un phénomène qui continue de faire des victimes parmi les jeunes. La décision de la cour est attendue avec anxiété par la famille d'Evaëlle, qui cherche à obtenir justice pour leur fille.