Un témoignage poignant après 27 ans de carrière
Ghislaine Dazzi a consacré plus de deux décennies à l'école maternelle Jules-Ferry de Bagnols-sur-Cèze, dont 24 années en tant que directrice. Aujourd'hui à la retraite, cette Laudunoise a choisi une forme artistique pour exprimer ce que de nombreux enseignants ressentent : un profond malaise face à l'évolution du système éducatif.
Un poème comme cri d'alarme
Le 1er juillet, lors de la fête organisée pour son départ, elle a lu publiquement son poème. "Je l'ai envoyé au Dasen (directeur académique des services de l'Éducation nationale)" confie-t-elle, précisant qu'il s'agissait d'un véritable appel à l'aide lancé aux instances éducatives.
"Dans ce poème, c'est ma vision de l'école d'aujourd'hui. Je suis déçue. Ce n'est plus celle que j'ai connue quand j'ai commencé" explique l'ancienne directrice. Elle se sent désormais légitime pour s'exprimer librement, ayant pris sa retraite.
Des mots forts pour une réalité difficile
Son texte utilise un vocabulaire sans concession : "frustration", "dépression", "décourager", "pleurer". Ces termes traduisent selon elle la détresse croissante du corps enseignant. "L'école se dégrade car elle manque de moyens" constate-t-elle après des années d'observation.
Son inquiétude principale concerne ses anciens collègues : "Je m'inquiète pour mes collègues que je vois en souffrance. Moi je suis soulagée de partir". Pourtant, elle souligne avoir toujours aimé son métier, particulièrement son travail dans le quartier des Escanaux auprès d'enfants et de familles défavorisées.
L'inclusion scolaire sans moyens suffisants
Parmi les difficultés majeures évoquées, Ghislaine Dazzi pointe la situation des enfants présentant des troubles ou pathologies. "De plus en plus d'enfants avec des problématiques, des pathologies – cette année il y en avait quatre à cinq dans des classes de 20 à 24 enfants – et les enseignants sont bien seuls face à cela" déplore-t-elle.
Malgré les liens établis avec différents interlocuteurs spécialisés dans la petite enfance et la santé, les délais sont selon elle trop longs : "Mais tout est très long avant que quelque chose soit mis en place pour ces enfants. Alors c'est à nous d'accompagner les familles".
Une formation inadaptée aux réalités du terrain
À chaque rentrée scolaire, témoigne l'ancienne directrice, arrivent des enfants avec des troubles de l'attention, des profils autistiques, ou d'autres difficultés. "Des enfants qui ne sont pas prêts à suivre une scolarité. Ils ont besoin que d'autres personnes que des enseignants s'occupent d'eux. Ce n'est pas notre formation" insiste-t-elle.
Elle reconnaît la beauté du principe d'inclusion scolaire, mais en critique l'application : "La politique d'inclusion est une belle idée, mais mettons les moyens !". Parmi les solutions qu'elle appelle de ses vœux : davantage d'AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap), moins d'élèves par classe, et la présence régulière d'éducateurs spécialisés.
La menace permanente des fermetures de classes
Au lieu de voir les moyens augmenter, Ghislaine Dazzi redoute exactement l'inverse pour son ancienne école. "Avec la baisse de la démographie, il y a une épée de Damoclès sur l'école" alerte-t-elle.
Elle craint particulièrement qu'à la prochaine rentrée, en fonction du nombre d'élèves inscrits, le Dasen ne décide la fermeture d'une classe. Une perspective qui selon elle aggraverait encore les conditions d'enseignement : "On aurait des classes encore plus surchargées".
Un investissement qui dépasse le cadre professionnel
Malgré ces difficultés, l'ancienne directrice souligne l'engagement exceptionnel des équipes éducatives. Elle mentionne particulièrement le travail des Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) "présents dans toutes les classes à Bagnols".
Son propre investissement, comme celui de ses collègues, allait bien au-delà des simples heures de cours : "Je me suis sentie utile, j'ai pris beaucoup de plaisir à travailler dans cette école" confie-t-elle, tout en regrettant que les conditions actuelles rendent ce métier de plus en plus difficile à exercer sereinement.



