Comment parler de la guerre aux enfants et adolescents face à l'actualité conflictuelle ?
Parler de la guerre aux enfants : conseils d'une psychiatre

Comment parler de la guerre aux enfants et adolescents face à l'actualité conflictuelle ?

Alors que les conflits se multiplient à travers le monde, de l'Ukraine à Gaza en passant par l'Iran, l'actualité violente envahit les écrans et les réseaux sociaux. Cette omniprésence médiatique atteint également les cours de récréation, confrontant les enfants et adolescents à des réalités qu'ils ne comprennent pas toujours. Comment aborder ces sujets difficiles avec les jeunes, pour les rassurer sans occulter la vérité ? Et comment les informer sans tomber dans la panique ou les préjugés ?

Viviane Kovess-Masfety, psychiatre et épidémiologiste ayant mené des enquêtes sur la santé mentale dans plusieurs pays, apporte son expertise sur cette question cruciale pour les parents et éducateurs.

À partir de quel âge les enfants comprennent-ils la guerre ?

« Je pense qu'il n'y a pas d'âge spécifique », explique la spécialiste. « Je conseillerais d'abord de discuter avec eux pour comprendre ce qu'ils savent réellement, car ils voient des images ou entendent des choses qu'ils ne comprennent pas forcément. » L'important est que le parent tente de saisir ce que son enfant a en tête et comment il réagit à ces informations, sans être intrusif.

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Il ne faut pas oublier que les enfants sont d'abord sensibles aux émotions des adultes. « La meilleure protection pour l'enfant, surtout quand il est petit, c'est la façon dont l'adulte gère ses propres émotions », souligne-t-elle.

Faut-il aborder spontanément le sujet ou attendre les questions ?

Cela dépend du tempérament de l'enfant. S'il commence à avoir des difficultés à dormir, à faire des cauchemars ou à demander constamment ce qui va se passer, il vaut mieux lui poser des questions sur ce qui lui fait peur. « En parler n'aggrave pas le problème », assure Viviane Kovess-Masfety.

L'essentiel est de rester calme et d'avoir une conversation adaptée à son âge, car l'enfant perçoit immédiatement l'angoisse du parent. « Il faut prendre sur soi pour lui parler à un moment où l'on se contrôle, car l'état émotionnel se transmet plus que les mots ».

Comment rassurer son enfant sans minimiser la réalité ?

Les enfants se demandent souvent si la guerre va arriver ici. Pour les plus petits, on peut expliquer que le conflit est loin et que des adultes travaillent pour l'arrêter. Avec les plus grands, on peut fournir des explications historiques ou politiques plus détaillées.

Pour les adolescents, il est crucial de leur faire comprendre ce qu'est la propagande, la désinformation et le rôle des réseaux sociaux, qui amplifient souvent la réalité.

Gérer l'afflux d'images sur les réseaux sociaux

« Il est très compliqué d'éloigner les plus grands des images », reconnaît la psychiatre. « Il faut donc les conscientiser sur la désinformation : ce qu'ils voient n'est pas forcément la réalité. » Elle parle d'une véritable éducation à l'utilisation des réseaux sociaux, concernant à la fois le temps passé et l'interprétation des contenus.

Cette éducation doit être menée par les parents, que ce soit pour la guerre ou pour d'autres sujets sensibles.

Accompagner la consommation médiatique des enfants

Il faut d'abord partir de ce que l'enfant perçoit plutôt que d'avoir une idée préconçue. Pour cela, il est essentiel de l'écouter pour savoir d'où il tire ses informations et l'accompagner dans sa compréhension, tout en lui apprenant à prendre du recul.

« Les parents ne doivent pas 'lâcher l'affaire' sur l'éducation aux médias », insiste la spécialiste.

Pour les plus jeunes, il existe des supports spécialisés - sites, journaux - qui peuvent compléter les explications parentales et même aider les parents à trouver le niveau d'explication adapté à l'âge de leur enfant.

Enfin, pour tenir un discours cohérent et rassurant, le parent doit avoir lui-même une vision claire des choses ou au moins être en paix avec son ressenti face à l'actualité.

Expliquer les actions des pays alliés

L'attaque de l'Iran par les États-Unis et Israël pose un défi particulier, car ce sont des pays alliés de la France qui bombardent parfois des civils. Comment expliquer cela aux enfants ?

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« Il faut expliquer ce qui se passe avec des mots compréhensibles, mais surtout encourager la compassion plutôt que la stigmatisation d'un peuple ou d'un pays », conseille Viviane Kovess-Masfety. Il faut éviter de coller des étiquettes simplistes.

L'éducation doit porter sur la compassion envers les familles, quelles qu'elles soient, forcées de fuir un conflit. Il faut aussi apprendre à l'enfant à prendre du recul, à vérifier les faits et à éviter une vision manichéenne du monde.

« Mais pour être convaincant auprès de ses enfants, il ne s'agit pas de se contenter d'un discours, c'est une démarche et une vision du monde que le parent doit porter lui-même ».

Face à un enfant très anxieux

Face à une anxiété « normale », avec des questions ou un besoin de parler, vous pouvez rassurer avec bon sens, en restant calme et en expliquant que le conflit est loin.

Mais si vous constatez que l'anxiété de votre enfant devient très importante, que vous ne parvenez pas à y répondre ou qu'elle empiète sur sa vie quotidienne, n'hésitez pas à consulter un professionnel. « La peur de la guerre peut parfois être une façon de verbaliser une anxiété plus large et présente pour d'autres raisons ».

Les enfants d'aujourd'hui et leur rapport à la guerre

« Ma génération a grandi dans l'après-guerre et on ne parlait que de ça », rappelle la psychiatre. « La période de paix en Europe a été une exception historique et les guerres sont malheureusement cycliques. »

Même si les parents des enfants d'aujourd'hui (principalement les millenials) n'ont pas connu de conflit sur leur territoire, ils n'ont pas été totalement coupés pour autant, car leurs propres parents leur en ont parlé. De plus, cette génération a connu les attentats, comme celui du Bataclan, qui ont été très marquants.

« On n'est donc pas sur une différence fondamentale entre les générations », conclut-elle.

Quelques ressources pour petits et grands

  • Le guide de l'UNICEF pour parler des conflits et guerres avec votre enfant
  • Les derniers numéros des journaux jeunesse « Mon petit Quotidien » (7-10 ans), « Mon Quotidien » (10-13 ans) et « L'Actu » (13-20 ans) qui traitent spécifiquement de la guerre en Iran
  • Les films d'animation « Dounia et la princesse d'Alep » (6 ans et +) ou « La traversée » (9 ans et +)
  • Les livres « Les questions des petits sur la guerre et les méchants » (3 ans et +), « La guerre et la paix » (7 ans et +), « Planète en guerre, planète en paix » (10 ans et +)