Une étude alarmante sur l'évolution de la scolarisation dans le privé à Paris
Une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP), publiée mardi, révèle une possible augmentation significative de la part des élèves scolarisés dans le privé à Paris. Cette tendance inquiétante accentuerait la ségrégation scolaire dans la capitale française. Selon les projections de l'IPP, la proportion des élèves de 6e inscrits dans des établissements privés pourrait atteindre 50 % à horizon 2035.
Le déclin démographique : un facteur déterminant
Cette évolution préoccupante est directement liée au déclin démographique qui touche actuellement toutes les grandes villes françaises. Réalisée à partir de données précises de l'Insee et de l'Éducation nationale, l'étude démontre que la baisse des effectifs scolaires, conséquence du recul de la natalité depuis 2010, déséquilibre profondément la répartition entre enseignement public et privé.
Le secteur privé parvient à maintenir ses effectifs relativement stables, tandis que le secteur public absorbe presque toute la contraction démographique. Ce phénomène mécanique accroît progressivement mais sûrement le poids relatif du privé dans le paysage éducatif parisien.
Paris : un cas particulièrement éloquent
La capitale française illustre avec une netteté frappante ce basculement démographique et ses conséquences éducatives. Les naissances à Paris ont chuté de manière spectaculaire, enregistrant une baisse de 32 % entre 2010 et 2024, passant de 31 440 à 21 484 naissances.
Les effectifs de CP ont commencé à diminuer six ans après le début de cette baisse des naissances, entraînant un recul de 19 % entre 2016 et 2024. Les effectifs de 6e ont amorcé leur propre déclin cinq ans plus tard, avec une diminution de 10 % entre 2020 et 2024.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
La divergence entre public et privé apparaît clairement dans les statistiques :
- Les effectifs dans le privé n'ont baissé que de 3,8 % en CP entre 2016 et 2024
- Ils n'ont reculé que de 1,4 % en 6e entre 2020 et 2024
- Dans le même temps, le public a enregistré des baisses de -24,4 % en CP et -14,4 % en 6e
Cette dynamique inégale fait progresser la part du privé, atteignant désormais 27,5 % en CP en 2024 (contre 23 % en 2016) et 38,7 % en 6e (contre 35,4 % en 2020). Si la tendance actuelle se prolonge, elle pourrait atteindre 33,6 % en CP en 2030 et 49,4 % en 6e en 2035.
Une polarisation sociale renforcée
Cette évolution démographique et scolaire « accentuerait une polarisation sociale déjà très forte », avertit avec gravité l'Institut des politiques publiques. Les chiffres actuels sont déjà éloquents : en 2024, 55 % des élèves de 6e issus de milieux très favorisés étaient scolarisés dans le privé.
Si les tendances actuelles se confirment, cette proportion pourrait grimper à 72 % en 2035, tandis que seulement 7 % des élèves défavorisés fréquenteraient des établissements privés. Cette divergence croissante creuserait dangereusement les inégalités sociales au sein du système éducatif parisien.
Une dynamique qui dépasse Paris
À l'échelle des 19 plus grandes villes françaises hors Paris, la dynamique observée est plus tardive et moins marquée, mais suit néanmoins la même trajectoire préoccupante. Avec une baisse démographique plus récente et moins prononcée (-17 % entre 2014 et 2024), la contraction commence seulement à affecter les classes de CP.
Les effectifs de CP diminuent de -5 % à -15 % selon les villes entre 2020 et 2024, sans impact encore visible sur les entrées en 6e. La part du privé à l'entrée en CP est passée de 19,1 % à 19,8 % entre 2020 et 2024 et pourrait atteindre 22,3 % en 2030.
Pour la 6e, où 36,3 % des élèves étaient scolarisés dans le privé en 2024, cette proportion pourrait grimper à 40,8 % d'ici 2035 selon les projections de l'IPP.
Des recommandations pour enrayer la tendance
Face à ces dynamiques préoccupantes, l'Institut des politiques publiques formule plusieurs recommandations concrètes :
- Répartir plus équitablement les fermetures de classes, aujourd'hui quasiment concentrées dans le secteur public
- Revoir la règle de financement du privé, actuellement indexée sur ses effectifs
- Intégrer des objectifs explicites de mixité sociale dans les conventions liant l'État aux établissements sous contrat
Ces mesures visent à préserver l'équilibre entre enseignement public et privé tout en luttant contre la ségrégation scolaire qui menace de s'accentuer dans les années à venir.



