Montpellier : deux universitaires dénoncent les dérives des écoles privées lucratives
Montpellier : universitaires contre dérives des écoles privées

Montpellier : deux universitaires dénoncent les dérives des écoles privées lucratives

Depuis Montpellier, le directeur de la faculté des sciences Jean-Michel Marin et son homologue de Polytech Lionel Torres poursuivent leur combat pour plus de contrôle des établissements privés lucratifs, alors que Parcoursup vient d'ouvrir ses portes. Ils alertent sur les risques de commercialisation excessive des formations.

Un appel à la régulation du secteur privé lucratif

Lionel TorresNous appelons toujours, et plus que jamais, à la régulation de ce secteur privé lucratif. Les organismes de formation proposent toujours plus de cursus et se positionnent souvent en critiquant l'université publique. Notre tribune dans Le Monde allait dans ce sens. L'enseignement supérieur ne doit pas être un produit financier.

Jean-Michel MarinIl faut rétablir une vérité. Nous avons, à l'université de Montpellier, des laboratoires de recherche en pointe, des enseignants au plus haut de leur discipline et des taux d'insertion professionnelle remarquables. Je suis sidéré de voir des écoles qui prétendent pouvoir fournir le même niveau d'excellence. C'est de la communication pure et dure.

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Le manque de contrôle et les pratiques trompeuses

L.T.Ce que nous reprochons d'abord au système, c'est le manque de contrôle sur la qualité des formations dispensées par le secteur privé lucratif quand nous, acteurs publics, devons nous soumettre à des enquêtes régulières et extrêmement poussées. Mais nous ciblons aussi certaines officines privées – et pas toutes ! – qui prétendent délivrer à leurs étudiants des diplômes nationaux de licence ou de master alors qu'elles ne sont pas habilitées à le faire. Cela, ça nous fait bondir.

La croissance de ce secteur privé inquiète particulièrement à Montpellier, comme dans toutes les villes universitaires françaises. Cette expansion trouve son origine dans la loi de 2012 sur le choix de son avenir professionnel, qui a ouvert la porte aux officines privées en leur permettant de toucher les fonds dédiés à l'apprentissage.

Les étudiants fragiles victimes de promesses trompeuses

L.T.Il faut le dire, l'orientation en France est un système bien trop complexe pour les lycéens et leurs parents. Ces structures sont aussi très fortes en communication. Elles jouent sur des messages bling-bling et sur la méconnaissance de l'écosystème des diplômes et des certifications. Mais ce qui me met le plus en colère, c'est que ce sont les moins armés et les plus fragiles qui se font avoir. Parce que payer très cher, c'est dans leur esprit un gage de qualité.

Les deux universitaires soulignent que payer très cher n'est pas un gage de qualité. Certains étudiants paient jusqu'à 8 000 € de frais de scolarité annuels pour des formations qui ne débouchent pas sur des diplômes reconnus.

Les conséquences sur l'employabilité des étudiants

L.T.Votre question, c'est celle de la compétence attendue par les entreprises, en bout de chaîne. Sortir avec un diplôme, vu le niveau d'exigence qu'il sous-tend, permet une reconnaissance immédiate du monde professionnel. Un étudiant qui sort diplômé est employable. Cela n'empêche pas les étudiants formés dans une école privée lucrative de sortir avec des compétences. Mais je vous assure que l'employeur, aujourd'hui, fait la différence entre un diplôme et une certification.

Les universités montpelliéraines ont dû mettre en place des systèmes de validation des compétences pour réintégrer dans leurs cursus des étudiants venant d'écoles privées avec des bachelors mais sans diplôme de licence. Certains candidats arrivent même avec d'excellentes notes mais sans le niveau attendu pour intégrer un master universitaire.

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Des attentes concrètes pour une régulation efficace

L.T.Depuis trois ans, le ministère travaille par une loi de régulation. Comment on évalue les formations et leur contenu pédagogique ? Qui mène cette évaluation ? Quelles obligations pour les nouvelles structures qui se créent ? Il est urgent que ce combat, notre combat, avance. Car il ne faut pas oublier que ces écoles se financent de deux manières : via les frais d'inscription, et à travers les fonds dédiés à l'apprentissage. Sur ce deuxième point, on parle quand même d'argent public qui part vers de l'enseignement supérieur privé, lucratif et non diplômant !

J.M.M.Il y a la future loi, mais avant, il y a le respect de celles existantes. Prétendre indûment dispenser une formation qui ouvre un diplôme de master, cela relève de la répression des fraudes. Mais personne ne vient contrôler…

Les deux directeurs concluent que ces écoles qui ne jouent pas le jeu envoient leurs étudiants dans des impasses, avec des conséquences dramatiques sur leur avenir professionnel et financier.