Liban : l'enseignement de la guerre, un vide dans les programmes scolaires
Dans les établissements scolaires libanais, la guerre civile de 1975-1990 reste souvent désignée par l'expression elliptique « les événements ». Ce mercredi 18 mars 2026, un jeune lycéen de première utilise ce même terme pour évoquer l'histoire conflictuelle de son pays. La veille, pendant la nuit, l'armée israélienne a effectué une de ses frappes les plus destructrices sur Beyrouth, rappelant brutalement la violence persistante dans la région.
Un dialogue nécessaire dans un contexte de silence institutionnel
Comment transmettre la mémoire à des jeunes eux-mêmes percutés par l'histoire conflictuelle de leur pays ? Cette question cruciale anime l'écrivain Sabyl Ghoussoub, qui intervient régulièrement dans les écoles libanaises pour ouvrir le dialogue sur ce sujet encore tabou. Le constat est frappant : le thème de la guerre n'existe tout simplement pas dans les manuels scolaires officiels, laissant un vide éducatif que tentent de combler des initiatives comme les siennes.
Au collège Saint-Sauveur, établissement chrétien perché dans la montagne à Jeita, à une trentaine de kilomètres au nord de Beyrouth, le conflit paraît pourtant loin géographiquement. Les frappes, la litanie sinistre des morts, les élèves les suivent principalement sur leurs téléphones portables. « Chez nous, comme on est préservés, c'est comme s'il se passait ailleurs », confie l'un d'eux, illustrant le décalage entre la réalité vécue et la perception distante des événements.
La mémoire collective face à l'absence de récit national
Sabyl Ghoussoub, lors d'une intervention devant une classe le 26 mars 2026, souligne l'importance de créer des espaces de parole pour que les jeunes puissent exprimer leurs interrogations et leurs craintes. L'absence d'un récit national unifié sur la guerre civile complique la transmission de cette mémoire douloureuse, chaque communauté ayant sa propre version des faits, souvent teintée de silences et de non-dits.
Les élèves du collège Saint-Sauveur, bien que physiquement éloignés des zones de combat directes, ne sont pas épargnés par les répercussions psychologiques et sociales du conflit. Leurs familles, leurs proches, portent les stigmates de cette histoire, et les récentes escalades violentes ravivent des traumatismes anciens. L'initiative de Ghoussoub vise ainsi à briser le cercle du silence, en encourageant un échange ouvert et respectueux sur un passé qui continue de hanter le présent.
Vers une éducation plus inclusive de l'histoire contemporaine
Le reportage de Doan Bui, envoyée spéciale au Liban, met en lumière les défis auxquels fait face le système éducatif libanais. Alors que le pays reste marqué par des divisions confessionnelles et politiques, l'intégration de l'histoire de la guerre civile dans les programmes scolaires apparaît comme une étape nécessaire pour construire une mémoire collective apaisée. Les interventions d'écrivains comme Sabyl Ghoussoub représentent des pistes prometteuses pour combler ce vide pédagogique, en offrant aux jeunes des clés de compréhension sur leur propre histoire.
En définitive, la question de la transmission de la mémoire au Liban dépasse le cadre strictement scolaire. Elle engage l'ensemble de la société dans un travail de réconciliation et de dialogue, essentiel pour envisager un avenir plus serein. Les lycéens, héritiers de cette histoire complexe, ont besoin d'outils pour appréhender leur passé, afin de mieux construire leur futur.



