Landes : les fermetures de classes réduites après d'intenses négociations
La dernière réunion du Conseil départemental de l'Éducation nationale s'est tenue ce vendredi 3 avril 2026 dans les Landes, aboutissant à des décisions cruciales pour la rentrée scolaire de septembre. Après plusieurs heures de discussions tendues entre la Directrice académique des services de l'Éducation nationale, Claudine Lajus, les représentants syndicaux et les élus locaux, le bilan final fait état de 16 fermetures de classes dans le premier degré, un chiffre bien inférieur aux 27 fermetures initialement envisagées.
Un compromis obtenu de haute lutte
Cette réunion marathon a permis d'éviter trois fermetures particulièrement sensibles dans les communes d'Onesse-Laharie, Saint-André-de-Seignanx et Saint-Vincent-de-Tyrosse. Simon Claerebout, représentant de FO, reconnaît que « les discussions ont été franches et sincères », tout en soulignant le décalage entre les efforts de la Direction des services départementaux de l'Éducation nationale (DSDEN) et les injonctions nationales jugées « inacceptables » par l'ensemble des organisations syndicales.
Outre ces fermetures, le plan prévoit une ouverture de classe et la création de deux demi-postes. La DSDEN justifie ces décisions par une baisse démographique significative, avec 605 élèves en moins attendus dans les écoles landaises à la prochaine rentrée. L'administration affirme que « le taux d'encadrement s'améliorera compte tenu de la baisse démographique attendue » et que « le service public d'éducation pour nos élèves sera renforcé ».
Les syndicats dénoncent une priorité inversée
Cette argumentation statistique ne convainc pas les syndicats. Simon Claerebout réplique avec virulence : « C'est culotté. C'est de la statistique. Peut-être qu'en moyenne, le taux d'encadrement sera renforcé, mais neuf écoles vont rester à plus de 25 élèves par classe. On est au-dessus de la moyenne nationale qui est de 21,7 élèves par classe. »
La critique la plus cinglante vient de Cathy Vigneau-Laffargue, secrétaire départementale de la FSU-SNUipp40, qui déclare : « Cette année 2026 marque un tournant : l'école n'est plus la priorité. D'ailleurs, ce n'est plus le premier budget, puisque celui des Armées est passé au-dessus. C'est un signe terrible : on fait passer la guerre avant l'école. »
Des fermetures dans des territoires déjà fragilisés
Les syndicats s'alarment particulièrement des fermetures prévues dans deux Rassemblements pédagogiques intercommunaux (RPI) de Haute Lande, des zones rurales déjà éprouvées par la réduction des services publics. Cathy Vigneau-Laffargue déplore : « On ferme des classes dans des secteurs fragilisés. Ce sont des villages où il n'y a déjà quasiment plus de services publics à part l'école. C'est violent, on ne s'y attendait pas. »
FO rapporte le témoignage poignant d'une mère d'élève présente lors des négociations : « On avait une maman d'élève avec nous qui avait quasiment les larmes aux yeux. Il s'agit de deux RPI voisins, où tout le monde se connaît, les enfants vont aux activités culturelles ensemble. »
La création controversée des Pôles d'appui à la scolarité
Cette rentrée 2026 sera également marquée par la création de sept Pôles d'appui à la scolarité (PAS) dans le cadre du développement de l'école inclusive. Chaque pôle sera composé d'un éducateur et d'un professeur, mais leur financement suscite de vives critiques.
Christophe Nowaczeck, secrétaire départemental SE-Unsa, proteste : « Ils ont pris sur les moyens du premier degré public alors que ces PAS seront dédiés à tous les élèves, du public et du privé. On a rappelé notre position : les fonds publics pour l'école publique et les fonds privés pour l'école privée. »
Pour financer ces sept postes, la DSDEN a effectué des prélèvements sur des postes hors réseau de classes, notamment dans les Unités localisées pour l'inclusion scolaire (Ulis), le Réseau d'aide aux élèves en difficulté (Rased), les Dispositifs d'institut thérapeutique éducatif et pédagogique (Ditep) ou les décharges de direction, à Hagetmau, Labouheyre et Roquefort.
Simon Claerebout s'inquiète du flou entourant ces nouveaux dispositifs : « On enlève tout cela pour créer un PAS dont on ne connaît pas les contours. Il faut savoir que ce ne sont pas des personnes qui auront la charge d'un groupe d'élèves. Ce sera du conseil, un peu comme une hot line. »
Le Département des Landes monte au créneau
Le président du Département des Landes, Xavier Fortinon, a lui aussi exprimé son désaccord, jugeant « inadmissible que le développement de l'école inclusive repose sur la suppression de classes dans les écoles ». Cette position rejoint celle des syndicats qui dénoncent une logique de « bouts de chandelle » pour l'éducation.
Malgré ce compromis, la désillusion domine dans les rangs syndicaux. Ils attendent désormais le Comité social d'administration (CSA) d'ajustement du mois de juin, où deux équivalents temps plein (ETP) pourraient encore être sauvés. « On reste en colère, désabusés, parce que faire avec des bouts de chandelle, ce n'est pas ce qu'on souhaite pour l'école », confient les syndicalistes de FO.
Le second degré également touché
L'enseignement secondaire n'est pas épargné par ces restrictions budgétaires, avec 13 ETP supprimés. Les fermetures concerneront de nombreux établissements répartis sur tout le territoire landais, notamment :
- Les RPI Artassenx-Bascons-Bretagne-de-Marsan-Saint-Maurice-sur-Adour
- L'école primaire de Samadet
- Le RPI Bourriot-Bergonce-Losse-Retjons-Saint-Gor-Vielle-Soubiran
- L'école primaire d'Eugénie-les-Bains
- Le RPI Garein-Labrit-Le Sen-Vert
- L'école maternelle de Garrosse-Morcenx-la-Nouvelle
- Le RPI Bélus-Saint-Étienne-d'Orthe
- L'école maternelle de Pouillon
- L'école primaire de Magescq
- Le RPI Aurice-Cauna-Lamothe-Le Leuy
- Le RPI Bélis-Brocas-Canenx-et-Réaut-Cère-Maillères
- L'école primaire de Saint-Julien-en-Born
- Le RPI Biarrotte-Biaudos-Saint-Laurent-de-Gosse
- L'école primaire de Saubion
- L'école maternelle Jean-Jaurès à Tarnos
- Le RPI Doazit-Saint-Cricq-Chalosse
Quelques ouvertures sont néanmoins prévues : un demi-poste à l'école primaire de Saint-Geours-de-Maremne, un demi-poste à l'école primaire Gaston-Larrieu à Saint-Paul-lès-Dax et un poste à l'école primaire de Pontenx-les-Forges.
Les sept Pôles d'appui à la scolarité seront implantés dans les secteurs d'Angresse, Dax, Labouheyre-Mimizan, Labrit, Roquefort, Hagetmau et Saint-Pierre-du-Mont, suscitant autant d'espoirs que d'interrogations sur leur efficacité réelle.



