Marion Lévy : de la scène à la salle de classe
Hier danseuse émérite, aujourd'hui pédagogue visionnaire. Le parcours de Marion Lévy, fondatrice de la compagnie Didascalie, prend une tournure particulièrement innovante. Après avoir été interprète des créations d'Anne Teresa de Keersmaeker pendant quinze ans, cette artiste collabore régulièrement avec la romancière Mariette Navarro et le compositeur Léo Nivot.
Une approche kinesthésique révolutionnaire
« L'objectif est de permettre aux enfants d'acquérir des connaissances en sollicitant leur mémoire kinesthésique plutôt que visuelle ou auditive », explique Marion Lévy avec enthousiasme. Selon elle, le corps possède sa propre mémoire, et l'association des gestes aux apprentissages facilite considérablement la mémorisation.
La chorégraphe a développé cette conviction en 2023 lors d'un programme d'éducation artistique et culturelle au collège Jacques Prévert de Guingamp, dans les Côtes-d'Armor. « Cette intervention de 80 heures dans une classe de 6e m'a révélé tout le potentiel éducatif de la danse », confie-t-elle.
Des résultats tangibles dès la phase-test
Convaincue par le projet, Geneviève Roussel, directrice du collège de Guingamp, a lancé une phase-test dès la rentrée 2024. Les effets se sont rapidement manifestés : « En plaçant le corps au centre de l'apprentissage, Marion a redonné de la joie à des élèves en difficulté », témoigne la cheffe d'établissement.
L'audace des enseignants a été déterminante. Ils ont accepté de laisser Marion Lévy intervenir à leurs côtés, sur l'estrade, où elle improvise des chorégraphies traduisant en mouvements les notions enseignées. « Au début, cela a provoqué quelques rires, mais très vite, tout le monde a compris le fonctionnement », raconte la danseuse.
Une démonstration éloquente au théâtre de la Ville
Le 2 avril dernier, une vingtaine d'élèves de 4e ont présenté au théâtre de la Ville un spectacle de 45 minutes illustrant le programme « Dans(e) ta classe ». Devant le public, ces adolescents ont montré comment transposer en tableaux chorégraphiés des notions de :
- Géométrie
- Conjugaison et accords des participes passés
- Histoire
- Anglais
- Sciences de la vie et de la Terre
Un élève a déclaré : « Maintenant je n'oublierai plus que deux droites perpendiculaires à la même droite sont parallèles entre elles », tandis qu'un autre expliquait avec gestes l'accord du participe passé.
Des bénéfices multiples confirmés par la recherche
Les enfants témoignent d'améliorations notables :
- Réduction de la timidité
- Meilleure coopération entre garçons et filles
- Amélioration des capacités de concentration et de mémorisation
- Progression des résultats scolaires
Manon Ballester, chercheuse en sciences de l'éducation, confirme : « De même que la pratique musicale améliore les capacités cognitives, la danse apporte énormément aux enfants ». Son étude scientifique valide l'efficacité du dispositif.
Un soutien institutionnel et financier croissant
Le programme bénéficie du soutien d'Emmanuel Éthis, ancien recteur de l'académie de Bretagne et désormais délégué général à l'éducation artistique et culturelle. La fondation Culture et Diversité du groupe Fimalac apporte également un soutien financier.
Éléonore Ladreit de Lacharrière, présidente de la fondation, annonce : « Nous souhaitons aider à dupliquer l'expérience Dans(e) ta classe dans d'autres collèges à travers la France ». Des établissements de Nanterre et du nord de Paris, présents lors de la démonstration du 2 avril, pourraient prochainement bénéficier du programme.
Marion Lévy résume sa philosophie : « La danse est bien plus qu'un moyen d'apprivoiser son corps. C'est un outil pédagogique à part entière ». Une conviction qui transforme progressivement les approches éducatives traditionnelles.



