Grève des AESH et enseignants à Clermont-l'Hérault : l'école inclusive en crise
Grève des AESH et enseignants : l'école inclusive en crise

Grève des AESH et enseignants à Clermont-l'Hérault : l'école inclusive en crise

Ce mardi 16 décembre, une vingtaine de personnes, principalement des Accompagnantes d'élèves en situation de handicap (AESH) et des enseignantes, étaient en grève à l'école Laure Moulin de Clermont-l'Hérault. Cette mobilisation, à l'appel d'une intersyndicale, dénonce une école inclusive "en souffrance" face à la baisse des effectifs et aux manques de moyens criants.

Un sentiment d'incomplétude et de frustration

Devant l'établissement scolaire, les AESH partagent leur profonde frustration. "On a le sentiment de bâcler le travail", confie l'une d'elles, tandis qu'une autre brandit une pancarte où est inscrit "école en souffrance". Malgré vingt ans de lois garantissant l'égalité des droits et des chances, la réalité sur le terrain est tout autre : manque de moyens, difficultés de recrutement, et précarité des personnels viennent contredire les textes officiels.

Les enseignantes, solidaires des AESH, ont également joint leur voix à ce mouvement de protestation. Un service minimum était assuré dans ce groupe scolaire qui accueille 345 élèves, mais la colère est palpable. "Enseignants, enfants, AESH, depuis la rentrée c'est compliqué pour tout le monde", résume une accompagnante.

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La mise en place des PIAL pointée du doigt

Julie Rastoul, professeure en CE1-CE2 et représentante du Snudi Fo 34, dénonce les effets néfastes des Pôles inclusifs d'accompagnement localisés (PIAL). "Avant les PIAL, les AESH s'occupaient au maximum de deux élèves. Aujourd'hui, avec la mutualisation, il n'y a plus de limite. Cela met tout le monde en souffrance : AESH, enseignants, élèves handicapés, et même les autres élèves car la gestion en classe devient ingérable".

Elle estime que la loi de 2005, qui prévoyait la scolarisation de tous les enfants en milieu ordinaire, a été dévoyée. "Des instituts spécialisés ont fermé, des postes ont été supprimés. Les enseignants ne sont pas formés pour s'occuper d'enfants avec des handicaps parfois lourds, ce n'est pas le cœur de notre métier".

Précarité et conditions de travail dégradées

Les témoignages des AESH illustrent une situation qui s'est fortement détériorée au fil des années. Ingrid Shemith, AESH à l'école Moulin, explique : "On manque de moyens. Des enfants devraient bénéficier d'un accompagnement individualisé, mais on se retrouve à faire les bouche-trous, partout à la fois, sans pouvoir se concentrer correctement sur un seul élève".

Audrey Bidaud ajoute : "Je suis censée passer 24 heures avec une petite, mais je dois me partager sur d'autres classes. Quand je dois partir, j'ai le sentiment d'abandonner l'enfant, de ne pas faire mon travail comme il faut. Il y a dix ans, c'était différent. Aujourd'hui, c'est du saupoudrage".

Carole Petitfourt, responsable syndicale pour le SNALC, souligne l'extrême précarité de ces personnels. "Ils ont des temps partiels contraints, avec un salaire médian de 900 euros, sous le seuil de pauvreté. Pourtant, ce sont des métiers indispensables. La crise d'attractivité est réelle : on peine à recruter et les démissions sont nombreuses".

Revendications et mobilisation

Les syndicats réclament :

  1. Un statut de la fonction publique pour les AESH, avec leur intégration en Cadres B.
  2. De meilleures conditions de travail et une rémunération digne.
  3. La réouverture de postes en instituts médico-éducatifs (IME) et instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP).

Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 88 000 signatures pour soutenir ces revendications.

La réponse du rectorat

Contacté en fin de matinée, le rectorat a répondu par la voix de Marie Eybert, adjointe au Dasen de l'Hérault. Elle reconnaît que la profession d'AESH est touchée par "un turnover important" et assure que des "campagnes de recrutement régulières" sont menées pour améliorer les conditions d'accompagnement des élèves. Cependant, elle n'a pas pu fournir de données détaillées sur la situation spécifique à Clermont-l'Hérault et à l'école Laure Moulin.

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Dans cette école primaire et maternelle, Julie Rastoul dénombre 6 AESH pour 24 élèves nécessitant un accompagnement (6 en individuel et 18 en mutualisé), ce qui illustre l'ampleur des besoins face à des moyens insuffisants.

Cette mobilisation met en lumière les tensions persistantes autour de l'école inclusive en France, où les ambitions législatives se heurtent à une réalité budgétaire et organisationnelle difficile.