Le témoignage poignant de Ginette Kolinka devant les jeunes générations
Dans le cadre d'une rencontre organisée par le Centre régional d’histoire de la résistance et de la déportation de Castelnau-le-Lez, Ginette Kolinka, rescapée d'Auschwitz-Birkenau, s'est adressée à plus de 200 élèves du lycée Jean Monnet à Montpellier. Cette Parisienne, âgée de 96 ans, a raconté avec une précision clinique l'enfer vécu dans les camps de concentration nazis, un récit reporté de deux ans en raison de la crise sanitaire.
Un numéro tatoué longtemps caché
Ginette Kolinka a porté le numéro tatoué sur son bras pendant plus de trente ans sans le montrer, non par honte, mais parce qu'elle ne souhaitait pas en parler. "Ce n'était pas par honte mais parce que je ne voulais pas en parler", confie-t-elle. C'est une question innocente sur ce numéro, prise pour un numéro de téléphone, qui l'a décidée à le révéler et, quelques années plus tard, à devenir une passeuse de mémoire auprès des jeunes.
L'arrestation et la déportation
À 18 ans, Ginette Kolinka vivait avec sa famille juive près d'Avignon, en zone libre, où elle travaillait sur les marchés. Le 13 mars 1944, la Gestapo arrête son père communiste dénoncé, son frère de 12 ans et son neveu de 14 ans. Après le camp de Drancy, le voyage vers Auschwitz-Birkenau depuis la gare de Bobigny dure trois jours et trois nuits dans des wagons surpeuplés.
"Trois jours et trois nuits massés les uns sur les autres dans le noir", se souvient-elle, évoquant un moment d'air frais à l'arrivée qui chassait les odeurs. Mais l'illusion d'une usine, suggérée par les cheminées et une odeur étrange, se dissipe rapidement.
La descente aux enfers
Le camp est un lieu de déshumanisation systématique. Ginette Kolinka décrit la honte de se dénuder devant les autres, d'être rasée jusqu'au pubis, puis tatouée. "Les nazis avaient pensé à tout pour nous humilier", affirme-t-elle. Elle incite par erreur son père et son frère à monter dans un camion, ignorant qu'il les mène directement aux chambres à gaz.
Dans ce camp où elle croise Simone Veil, elle survit grâce à des stratégies comme désinfecter ses plaies avec son urine pour paraître moins mal en point. Les sélections incessantes pour faire de la place aux nouveaux convois maintiennent un climat de terreur.
La survie et la libération
Sa survie tient à de la chance et à l'intuition. En novembre 1944, elle se cache pour éviter le travail et est transférée à Bergen-Belsen, puis à Teresinstadt, un "camp modèle" montré à la Croix-Rouge. Libérée en juin 1945, elle retrouve sa mère et ses sœurs à Paris. "Quand j'ai appris à ma mère la mort de mon père et de mon frère, elle s’est mise à pleurer. Moi, je n’en suis plus capable", raconte-t-elle, laissant un long silence dans l'auditorium.
Un appel à la transmission
Ginette Kolinka refuse de commenter l'actualité, insistant sur son rôle de témoin. Elle lance un appel aux lycéens : "Maintenant que vous m'avez écoutée, vous devenez à votre tour des passeurs de mémoire". Elle les encourage à enseigner la tolérance : "Apprenez-leur qu’on a le droit d’être juif, musulman, catholique, bouddhiste... Qu’il faut s’accepter les uns les autres".
L'impact sur les élèves
Après deux heures et demie d'échanges, les élèves expriment leur admiration. Cloé souligne : "Quand on est en cours, on apprend quelque chose de théorique mais là, ce vécu, par une des dernières survivantes... On apprend beaucoup de choses". Baptiste ajoute : "Il y a plus d’émotion quand c’est quelqu’un qui témoigne".
Terence réfléchit à la portée historique : "Cette partie de l’histoire est tellement infâme qu’on peut parfois se demander si elle a réellement existé". Il alerte sur la haine persistante : "Le monde est toujours dirigé par la haine de l’autre... C’est notre devoir de témoigner à notre tour", tout en restant optimiste grâce aux outils internationaux de protection.
Ce témoignage, à la fois personnel et universel, rappelle l'importance de la mémoire collective face à l'oubli et à la répétition de l'histoire.



