Rentrée scolaire 2025 : un climat morose dans l'enseignement privé sous contrat
La rentrée scolaire 2025 s'annonce particulièrement difficile pour les enseignants du secteur privé sous contrat. Selon le premier baromètre Ifop sur le moral des personnels, commandé par la FEP-CFDT, une atmosphère de morosité et de souffrance prévaut dans les établissements.
Un baromètre qui révèle des tensions profondes
Valérie Ginet, secrétaire générale de la FEP-CFDT, ne mâche pas ses mots : "La rentrée s'est déroulée dans une atmosphère morose". Ce constat alarmant s'appuie sur une enquête inédite qui met en lumière les difficultés croissantes rencontrées par les enseignants du privé, pourtant souvent perçu comme épargné par les crises qui frappent l'Éducation nationale.
L'enseignement catholique, qui représente environ 20% du système éducatif français avec près de 150 000 enseignants de la maternelle au BTS, semble effectivement moins touché par la pénurie de professeurs que le public. Cette relative stabilité s'explique en grande partie par le recours aux contractuels. Mais cette apparente résilience masque mal une réalité plus sombre.
Santé mentale et sentiment de déclassement
Les chiffres du baromètre sont éloquents :
- 40% des enseignants estiment que leur travail a un effet négatif sur leur santé mentale
- 85% expriment un fort sentiment de déclassement professionnel
- 83% dénoncent une charge de travail toujours plus importante
- 25% envisagent une reconversion professionnelle
Ce paradoxe saute aux yeux : alors que 79% des enseignants déclarent une satisfaction liée à leur travail et que 86% le considèrent comme une source d'épanouissement, la souffrance psychologique ne cesse de croître. "Les enseignants aiment leur métier, mais sont de plus en plus en souffrance", résume Valérie Ginet.
Violences et pression institutionnelle
Les facteurs de stress se multiplient :
- Violences verbales et physiques, parfois de la part d'élèves mais aussi de parents
- Attentes croissantes autour du baccalauréat et de Parcoursup
- Relations marchandes avec certaines familles qui paient pour la réussite
- Charges administratives toujours plus lourdes
- Flou institutionnel entre dépendance au rectorat et rattachement aux diocèses
L'affaire Bétharram, qui a éclaboussé l'enseignement privé, a mis en lumière des problèmes structurels. Les violences scolaires, comme l'assassinat d'une enseignante à Saint-Jean-de-Luz ou la mort d'une élève poignardée à Nantes, créent un climat d'insécurité préoccupant.
L'IA et les défis du monde contemporain
Le contexte évolue rapidement avec l'émergence de l'intelligence artificielle, les crises sociales et le dérèglement climatique. Ces bouleversements interrogent fondamentalement le rôle de l'enseignement privé, d'autant qu'il bénéficie de fonds publics substantiels.
"Il devient urgent de revaloriser les enseignants, de faire le bilan des mesures empilées d'un ministre à l'autre, et de repenser un projet d'ensemble pour l'École", insiste la représentante syndicale. La question de l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars), devenue obligatoire, illustre les tensions potentielles entre valeurs républicaines et spécificités de l'enseignement catholique.
Une régulation attendue
La FEP-CFDT plaide pour une meilleure régulation de l'enseignement privé, particulièrement du secteur hors contrat parfois opaque. Les questions de financement et de transparence deviennent cruciales dans un contexte où les attentes sociales sont fortes.
Malgré les concours remplis comme le Cafep (équivalent du Capes dans le public) et les promotions assurées, tous les indicateurs de reconnaissance, de rémunération et de perspectives d'avenir sont au rouge. La valorisation du métier est en chute libre, et la crise de recrutement pourrait s'aggraver sans mesures de soutien appropriées.
L'administration commence à prendre conscience de l'urgence à repenser la place de l'enseignement privé dans le système éducatif français. Dans un monde transformé par l'IA et les crises multiples, l'intégration pleine et entière du privé dans la réflexion sur l'avenir de l'École apparaît comme une nécessité incontournable.



