La promesse de doublement des salaires enseignants d'Hidalgo accueillie avec scepticisme
Doublement salaires enseignants : promesse d'Hidalgo jugée irréaliste

La promesse de doublement des salaires enseignants d'Hidalgo accueillie avec scepticisme

La proposition de la candidate socialiste Anne Hidalgo de doubler les salaires des enseignants dans le cadre de sa campagne présidentielle rencontre un accueil particulièrement réservé parmi les premiers concernés : les professeurs eux-mêmes. Alors que la mesure est présentée comme un moyen de revaloriser une profession en crise, nombreux sont ceux qui y voient avant tout une manœuvre électorale peu crédible.

Des enseignants lucides face aux promesses

Marie-Lyne, professeur des écoles dans l'Hérault avec vingt ans d'ancienneté, témoigne : "Je n'y ai pas cru, j'en ai même souri...". Son salaire est passé de 1 700 € net à ses débuts à 2 300 € aujourd'hui, pour "un métier qui a beaucoup évolué, des classes surchargées, des enfants et des parents plus difficiles". Pour elle comme pour son collègue Olivier, qui atteint 2 700 € net après vingt-cinq ans de carrière, la promesse est jugée "irréalisable".

Olivier précise : "En termes de pouvoir d'achat, on peut mieux faire. Il faudrait nous augmenter mais pas dans ces proportions ! Et plutôt commencer par améliorer nos conditions de travail, diminuer le nombre d'élèves dans les classes". Tous deux redoutent même un effet contre-productif : "D'autres professions ne comprendraient pas. On risque de jeter un peu plus le discrédit sur les enseignants...".

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Une profession en crise de reconnaissance

Louise, enseignante dans l'Aude depuis huit ans, gagne 2 000 € dont 130 € de prime de direction. Elle estime son salaire "correct compte tenu des avantages", mais déplore : "Déjà que la profession n'est pas appréciée et accusée d'être payée à ne rien faire".

Véronique, professeure de langues en collège depuis 1998, touche 2 500 € net pour 18 heures de cours hebdomadaires, sans compter le temps de préparation et les tâches administratives. Elle constate : "Je sais qu'on est parmi les moins bien payés d'Europe, loin derrière les Allemands...". Pour elle, une revalorisation serait bénéfique mais un doublement est "démagogique".

La question cruciale du financement

Françoise, professeure d'université de 51 ans, gagne 4 000 € net et reconnaît que les salaires dans le supérieur sont moins problématiques qu'en primaire ou secondaire. Mais elle alerte sur la crise des vocations : "Les meilleurs ne partent pas faire le Capes, le niveau de recrutement baisse... C'est évident que tout passe par une revalorisation !".

Marine Trégan, du syndicat Sud Education, souligne un paradoxe : "Le positif, dans cette annonce, c'est qu'on parle des salaires ridiculement bas des enseignants. Mais ne parler que du salaire et que de celui des enseignants, ce n'est pas suffisant". Elle pointe les inégalités avec les accompagnants d'élèves en situation de handicap ou les assistants d'éducation, parfois payés en dessous du SMIC.

Un soutien politique mesuré

Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier et proche d'Anne Hidalgo, défend pourtant la proposition. Lui-même professeur d'histoire-géographie, il insiste : "C'est un sujet majeur car on constate une crise de recrutement, une hausse des démissions et une démotivation croissante". Il questionne : "Comment l'Allemagne en est arrivée à payer deux fois mieux ses enseignants qu'en France ? Forcément, cela se ressent sur le niveau de formation".

L'édile promet que le financement sera "chiffré et présenté clairement", évoquant des leviers comme la taxation des cours privés de soutien scolaire. Mais il reconnaît que cette mesure nécessitera des choix politiques forts.

Une promesse dans un contexte électoral tendu

Marie, professeure en collège Rep+ à Nîmes, résume le sentiment général : "Quand on veut, on peut. Mais je n'y crois pas, c'est une annonce de campagne". Elle constate amèrement : "Tout sera une question de choix politique et, ces dernières années, le service public en général s'est appauvri".

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Alors que la France décroche dans les classements internationaux sur la qualité de sa formation, la question de la revalorisation des enseignants dépasse le simple débat salarial. Mais le doublement proposé par Anne Hidalgo apparaît à beaucoup comme une promesse électorale plus qu'un projet réaliste, dans un contexte où la crédibilité des engagements politiques est plus que jamais scrutée.