Gard : Les directeurs d'école réclament un statut de chef d'établissement
Directeurs d'école : "Chef de rien et responsable de tout"

Gard : La création d'un syndicat pour défendre les directeurs d'école

Dans le département du Gard, une voix s'élève pour dénoncer la situation paradoxale des directrices et directeurs d'école primaire. Mélanie Lomonaco-Havrez, qui dirige l'école publique de Saint-Paulet-de-Caisson depuis cinq ans, est devenue la cofondatrice du syndicat #S2Dé le 10 juillet 2021. Cette nouvelle organisation professionnelle est née lors d'un congrès à Puget-Ville dans le Var, avec un objectif clair : obtenir une reconnaissance institutionnelle pour ces enseignants aux responsabilités accrues.

Un statut réclamé pour les directeurs d'école primaire

"Nous voulons un statut de chef d'établissement comme c'est le cas dans le secondaire", déclare fermement Mélanie Lomonaco-Havrez. Cette revendication centrale du #S2Dé met en lumière une différence fondamentale entre l'enseignement primaire et secondaire. Alors que les chefs d'établissement du secondaire disposent d'une autorité hiérarchique sur leurs collègues, les directeurs d'école primaire restent des enseignants avec des charges administratives supplémentaires, sans véritable pouvoir décisionnel sur l'équipe pédagogique.

La directrice gardoise précise que les syndicats traditionnels de l'Éducation nationale "font très bien leur job" mais ne reconnaissent pas la fonction de direction comme une compétence à part entière. "Les organisations syndicales habituelles ne sont pas forcément sur cette ligne-là", explique-t-elle, justifiant ainsi la nécessité d'une structure spécifique pour défendre les intérêts particuliers des directeurs d'école.

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Une autorité réclamée face aux réalités du terrain

Le #S2Dé a été créé après une analyse approfondie des besoins concrets rencontrés par les directeurs d'école. Mélanie Lomonaco-Havrez souligne un paradoxe fréquent : "Il y a des familles qui pensent que nous sommes investis d'une autorité hiérarchique et que nous sommes responsables de tout ce qui se passe dans l'école. Elles ont raison, ce serait logique, sauf que dans la réalité, nous sommes des enseignants avec charges administratives."

Cette absence d'autorité institutionnalisée crée des situations complexes où les directeurs doivent gérer des problèmes sans disposer des moyens correspondants. La pandémie de Covid-19 a encore aggravé cette situation, transformant selon elle les directeurs en "professionnels du protocole sanitaire" avec des responsabilités supplémentaires sans reconnaissance appropriée.

Une charge de travail mal reconnue et peu rémunérée

À Saint-Paulet-de-Caisson, où son école accueille 219 élèves pour une dizaine d'enseignants, Mélanie Lomonaco-Havrez consacre une journée par semaine aux tâches de direction et trois journées à sa classe. Malgré cette charge supplémentaire, la reconnaissance financière reste symbolique : elle perçoit une prime d'environ 150 euros pour ses responsabilités de direction.

Il n'existe pas de grille salariale spécifique ni de perspectives d'avancement propres à la fonction de directeur d'école, contrairement à ce qui existe dans le secondaire. Cette absence de reconnaissance institutionnelle et matérielle contraste avec la perception qu'ont les collègues de leur travail. "Nos collègues voient bien ce qu'on fait. Ils sont pleinement conscients de ce que représente la tâche de directeur. Ils ne peuvent pas imaginer qu'on n'ait pas un statut à part", affirme la directrice.

Le constat de Mélanie Lomonaco-Havrez résume parfaitement le paradoxe vécu par les directeurs d'école primaire : "On est chef de rien et responsable de tout." Une formule qui pourrait devenir le slogan du jeune syndicat #S2Dé dans sa lutte pour une meilleure reconnaissance de cette fonction essentielle au bon fonctionnement des écoles primaires françaises.

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