Dany Bénézet, enseignante retraitée, dénonce les attentes excessives envers l'école
Dany Bénézet critique les attentes excessives envers l'école

Une enseignante retraitée tire la sonnette d'alarme sur l'école

Dany Bénézet a clôturé sa carrière de professeure des écoles en juin dernier, après trente-neuf années de service. Elle enseignait à l'école Langevin d'Alès et occupait le poste de co-secrétaire départementale du syndicat Snuipp-FSU. Son départ marque la fin d'un parcours riche en enseignements sur les transformations profondes du système éducatif français.

Les mutations sociétales qui ont bouleversé l'école

Le changement le plus marquant selon elle ? L'évolution radicale de la société, touchant à la fois les parents, les enfants, les collègues et l'institution elle-même. "Les familles ne perçoivent pas du tout l'école comme il y a quarante ans", affirme-t-elle. Elle observe une exigence accrue envers les enseignants, accompagnée d'une érosion de leur estime sociale. La frontière entre les rôles des parents et ceux des éducateurs s'est estompée, conduisant à des demandes inappropriées.

"On demande à l'école de faire des choses qui ne relèvent pas d'elle, bien souvent, en particulier en termes éducatifs", déplore Dany Bénézet. Les comportements des élèves sont devenus plus complexes à gérer, un phénomène qu'elle attribue en partie à la prolifération des écrans. "J'ai vu arriver l'informatique dans les écoles, les écrans dans les familles. Cela influence clairement la concentration des enfants, même dès la maternelle, comme le confirment les études des médecins de PMI".

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une institution en perte de bienveillance

L'enseignante retraitée porte un regard critique sur l'évolution de l'institution scolaire. "Selon moi, en mal", répond-elle sans ambages. Elle dénonce une chaîne hiérarchique moins bienveillante, soutenue par des décisions politiques difficiles à vivre pour les professeurs. "On nous donne moins de liberté, même si la liberté pédagogique subsiste. Les exigences, sous le dernier ministre de l'éducation, nous transforment en exécutants".

Elle cite en exemple les évaluations nationales obligatoires et les entretiens nécessaires pour enseigner en CP ou CE1, qui selon elle remettent en cause la professionnalité des enseignants. "On met en doute notre compétence", résume-t-elle avec amertume.

Un engagement syndical tardif mais déterminé

Son histoire syndicale a débuté il y a une vingtaine d'années, mais elle ne s'est pleinement engagée que récemment, après avoir élevé sa famille. Parmi ses combats, elle retient particulièrement la victoire de l'école Langevin pour le maintien en éducation prioritaire en 2014. "Ils voulaient nous sortir du dispositif parce que nous étions rattachés au collège Daudet, non prioritaire. Pourtant, Langevin y était depuis plus de trente ans !".

Grâce à une mobilisation conjointe avec collègues et parents d'élèves, leurs revendications ont atteint le ministère, qui a finalement reconnu leur légitimité à rester dans le dispositif.

La pédagogie : un terrain miné par les fantasmes

Sur les débats pédagogiques, Dany Bénézet adopte une position pragmatique. Concernant la fameuse opposition entre méthode syllabique et globale pour l'apprentissage de la lecture, elle balaie les idées reçues. "La méthode globale n'a jamais été réellement appliquée en France. C'est un fantasme. S'il existait une méthode miracle pour apprendre à lire à tous, nous l'utiliserions".

Elle souligne la complexité de la pédagogie et regrette les ingérences extérieures. "Tout le monde veut y mettre son grain de sel. Mais quand on est parent, on est parent, pas enseignant". Elle compare sa formation d'enseignante, d'une durée de trois ans avec stages pratiques et retours d'expérience, au recrutement actuel en Master 2 avec formation à mi-temps, qu'elle juge insuffisant.

Des moyens fluctuants et une priorité nationale absente

L'évolution des moyens alloués à l'éducation nationale lui apparaît en "dents de scie, selon les ministères". Elle s'appuie sur le récent rapport de l'OCDE pour étayer son constat : "Il n'y a pas de priorité donnée à l'école en France, nous sommes le 22e pays sur 33".

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une retraite active, loin de l'oubli

Interrogée sur la rentrée 2021 qu'elle n'a pas connue, Dany Bénézet esquisse un sourire. "Je sors du syndicat là. Parce qu'on est à la retraite, mais pas de ses valeurs, ni de ses convictions". Son parcours, commencé à l'École normale en 1983, l'a menée de Branoux-les-Taillades à Caveirac, avec un détour de cinq ans dans les Landes avant son retour dans le Gard en 2006.

Directrice d'école à Lézan, elle a souhaité "parachever" ses sept dernières années en demandant un poste en éducation prioritaire, "la seule chose que je n'avais pas faite encore". Un dernier défi relevé à la tête de l'école maternelle Paul-Langevin, dans le quartier des Cévennes à Alès.