L'Université de Dakar suspend les associations étudiantes après un drame mortel
L'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar a pris une mesure radicale en suspendant « jusqu'à nouvel ordre » toutes les « amicales d'étudiants » suite au décès tragique d'un étudiant lors de violentes manifestations sur le campus. Cette décision intervient après plusieurs jours de tensions qui ont culminé avec la mort d'Abdoulaye Ba dans des circonstances encore non élucidées pendant une intervention policière.
Un contexte de protestations récurrentes
Les étudiants de cette prestigieuse université ouest-africaine manifestent régulièrement pour réclamer le paiement d'arriérés de bourses, des mouvements souvent émaillés d'affrontements sporadiques avec les forces de l'ordre. Le calendrier universitaire connaît depuis plusieurs années des perturbations importantes provoquant un chevauchement entre les différentes années académiques, situation qui laisse les étudiants boursiers parfois des mois sans percevoir leurs allocations.
Une suspension conservatoire pour rétablir la sécurité
Lors d'une réunion d'urgence du conseil académique de l'UCAD, il a été décidé de « suspendre, à titre conservatoire et jusqu'à nouvel ordre » les associations étudiantes pour « la sécurité des personnes et la préservation des biens dans l'espace universitaire ». Le conseil académique s'est déclaré « profondément affecté par ce drame » et a annoncé la création d'un comité chargé de proposer des solutions pour que les étudiants soient représentés au sein des instances universitaires.
Des images témoignant de la violence des affrontements
Des vidéos filmées par des étudiants et diffusées sur les réseaux sociaux témoignent de l'intensité des heurts à l'UCAD entre forces de sécurité et étudiants. Sur certaines séquences, on voit des membres des forces de sécurité pénétrer dans l'enceinte universitaire, tirant du gaz lacrymogène dans les pavillons tandis que des étudiants ripostent avec des jets de pierre. Une vidéo authentifiée par l'AFP montre des policiers frappant avec des matraques un homme hurlant.
Accusations croisées et reconnaissance gouvernementale
Le collectif des amicales de l'UCAD, qui avait pourtant décrété une journée sans manifestations le jour du drame, accuse les forces de l'ordre d'avoir « tiré sur des étudiants » et d'avoir « défoncé les portes des pavillons en tabassant les étudiants ». Selon ce collectif, Abdoulaye Ba a « été brutalement torturé à mort par les policiers ».
Lors d'une conférence de presse, le gouvernement a qualifié de « tragédie » le décès de l'étudiant et a admis des « bavures policières ». Cependant, le ministre de l'Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé a justifié l'intervention en accusant des étudiants d'avoir voulu détruire des infrastructures de la cité universitaire, présentant des vidéos à l'appui de ses déclarations.
Les conséquences de cette suspension historique
Cette suspension des amicales étudiantes représente une mesure sans précédent dans l'histoire récente de l'UCAD. Elle intervient dans un contexte où l'émotion est palpable dans tout le pays, avec des interrogations sur les conditions de sécurité dans les espaces universitaires et sur les méthodes d'intervention des forces de l'ordre. La communauté universitaire attend maintenant les propositions du comité chargé de repenser la représentation étudiante tout en garantissant la sécurité sur le campus.



