Collège de Paris : de l'excellence éducative à la faillite et aux scandales judiciaires
Collège de Paris : faillite et scandales dans l'enseignement supérieur

La chute d'un géant de l'éducation privée

"On ne recrute pas l'élite, on la forme." Cette devise du Collège de Paris résonne aujourd'hui comme un écho ironique pour ce groupe éducatif en pleine déconfiture. Pionnier du statut de société à mission depuis 2020 avec pour raison d'être de "rendre l'excellence accessible", le Collège de Paris représentait l'un des plus importants groupes privés d'enseignement en France. Une galaxie d'une trentaine d'écoles couvrant l'ensemble du marché éducatif : formation supérieure postbac avec Ascencia business school et Digital College, formation professionnelle continue via Adeos Formation, et accompagnement des demandeurs d'emploi.

Des chiffres impressionnants qui masquent une réalité alarmante

Le dernier bilan pour l'année 2023-2024 faisait état de près de 18 000 étudiants, 4 000 élèves étrangers et 35 000 adultes en formation. Pourtant, le 31 décembre dernier, Olivier de Lagarde, cofondateur et actionnaire principal, n'a pas célébré la nouvelle année. L'entreprise a été placée en procédure de sauvegarde, première étape avant un possible redressement judiciaire. Le piège de l'endettement s'est refermé sur le groupe avec une dette astronomique de 90 millions d'euros, dont les remboursements ont doublé entre 2022 et 2024.

Une faillite aux multiples facettes

Mais la déconfiture du Collège de Paris ne se limite pas à ses difficultés financières. En mai dernier, après plusieurs signalements suspects, trois inspections générales - l'IGF (finances), l'Igas (affaires sociales) et l'IGESR (enseignement supérieur) - ont lancé en urgence une série d'enquêtes sur les pratiques du groupe. Leurs investigations se sont concentrées sur deux établissements phares : la business school Ascencia et l'école supérieure du numérique Digital College.

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Des pratiques douteuses qui remontent à la surface

D'après nos informations, ces enquêtes auraient conduit les services de l'État à actionner l'article 40 du code de procédure pénale, renvoyant le dossier au procureur de la République. "Le Collège de Paris est à l'enseignement supérieur ce que le scandale Orpea l'a été pour les Ehpad", confie un haut fonctionnaire proche du dossier.

La liste des plaintes serait édifiante :

  • Comptabilité vérolée
  • Fraude aux formations
  • Blanchiment d'argent
  • Abus de biens sociaux
  • Enrichissement personnel
  • Système organisé d'entrée illégale d'étrangers

En clair, certaines écoles auraient facturé des frais de scolarité à de jeunes étrangers, leur permettant d'obtenir un visa étudiant, mais ces étudiants n'auraient jamais suivi de cours et se seraient volatilisés. "Un maillon important du modèle économique du groupe", insiste un proche du dossier.

Une expansion rapide et des contrôles insuffisants

Comment en est-on arrivé à cette situation ? L'analyse révèle une cascade de négligences et une absence de contrôle qui met en lumière une régulation du secteur largement insuffisante. Une curieuse désinvolture des actionnaires, notamment de Bpifrance, bras armé et financier de l'État, actionnaire de l'entreprise depuis 2022.

L'aventure familiale des frères de Lagarde

L'histoire du Collège de Paris commence comme une belle aventure familiale. Œuvre des deux frères Olivier et Nicolas de Lagarde, le groupe s'est construit autour d'Olivier, économiste chevronné, ancien de l'université Paris-Dauphine. En 2011, ils créent le Collège de Paris en regroupant sous la même structure l'école de commerce Ascencia, l'Institut supérieur de l'environnement, et divers établissements spécialisés.

Le groupe connaît une expansion rapide, absorbant de nombreuses petites écoles partout sur le territoire et dans tous les secteurs :

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  • La "Baguette Academy"
  • L'école d'arts Conte
  • Les métiers de la banque et de l'assurance avec l'Exchange College
  • Le numérique avec Digital College

La face cachée du succès apparent

Sous couvert d'anonymat, un ancien directeur d'école décrit une réalité bien différente : "aucune chaîne hiérarchique clairement établie, une absence de supervision transverse, et surtout diverses irrégularités administratives". Un problème systémique selon ses termes.

Témoignages d'étudiants lésés

Stéphane*, ancien étudiant à l'école Lybre de Béthune, l'une des marques du Collège de Paris, témoigne : "Une catastrophe, je n'ai pas pu aller au bout de mon cursus". Son établissement a fermé brutalement ses portes après la liquidation judiciaire de la société prononcée le 30 juin 2025. Le jeune homme, alors en première année de mastère, dénonce de nombreux dysfonctionnements, notamment le manque de transparence sur la réelle valeur des "diplômes" et la faible qualité des enseignements.

Les prochaines échéances judiciaires

Pour le Collège de Paris, l'avenir est désormais entre les mains de la justice. Des décisions administratives pourraient intervenir dès le mois d'avril, aboutissant potentiellement à la fermeture de certains établissements. Une cellule de crise a été mise en place regroupant les services des ministères du Travail, de l'Enseignement supérieur et de l'Éducation nationale avec les rectorats, afin de trouver des solutions pour les étudiants affectés.

Les chiffres qui résument la chute

Le bilan final du Collège de Paris est sans appel :

  • 20 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024
  • 1,2 million d'euros de pertes
  • 90 millions d'euros de dette

La fin d'une chimère éducative qui promettait l'excellence accessible mais qui s'est révélée être un système aux pratiques douteuses et à la gestion hasardeuse.

* Le prénom a été changé