Une immersion totale pour comprendre le quotidien des personnes handicapées
Comment savoir si son verre est plein lorsqu'on ne voit rien ? Comment tartiner de la confiture sur du pain les yeux bandés ? Ces questions, près de 500 collégiens gardois en classe de 5e se les sont posées lors des journées handi-citoyennes organisées au Pont du Gard. Une expérience immersive qui les a confrontés aux réalités du handicap à travers une dizaine d'ateliers pratiques.
Des mises en situation concrètes et variées
Organisées par l'association Différent... comme tout le monde en partenariat avec le Lions-club et de nombreuses associations spécialisées, ces journées proposent aux élèves une approche multisensorielle des handicaps. Au programme : initiation à la langue des signes avec des applaudissements silencieux, expérience du fauteuil roulant, découverte de la perception autistique, et ateliers de mime pour simuler des situations quotidiennes dans les commerces ou les transports.
"En accord avec l'académie d'Occitanie, nous avons ciblé les élèves de 5e car cette sensibilisation s'intègre parfaitement à leur programme d'éducation morale et civique", expliquent Thierry Bermond, secrétaire de l'association, et Pascale Loison, coordinatrice du Téléthon et responsable des scolaires pour l'AFM, partenaire de l'opération.
Le témoignage inspirant d'un champion handisport
Parmi les temps forts de ces journées, la rencontre avec Enzo Giorgi, escrimeur nîmois de 21 ans, vice-champion du monde junior handisport et triple champion de France. Ce jeune athlète, qui se prépare activement pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, a partagé son parcours avec les élèves.
Né prématuré avec une raideur à la jambe gauche, Enzo Giorgi a pratiqué l'escrime avec des sportifs valides de 6 à 16 ans avant de se tourner vers le handisport. "Je compensais par plus de technique et plus de tactique. À un moment, cela n'a plus suffi alors je me suis orienté vers le handisport car j'aime gagner !", confie-t-il avec franchise.
Son message aux jeunes est clair : "Nous sommes tous différents. Grands, petits, avec des lunettes, des taches de rousseur... Vos différences, c'est votre force ! Ce qui nous donne confiance en soi, c'est la réussite dans quelque chose qui nous passionne."
Une initiative qui porte ses fruits depuis neuf ans
Paul-Eric Laures, animateur et journaliste présent lors de l'événement, rappelle l'importance de cette sensibilisation précoce : "Dans certains pays, elle existe depuis les années 60. En France, c'est le préfet Jean-Christophe Parisot qui a créé ces journées il y a neuf ans, estimant que le handicap devait s'apprendre à l'école."
Les résultats sont tangibles : 35 000 élèves ont déjà été sensibilisés en Occitanie depuis le début du programme, dont 3 000 cette année et 500 spécifiquement lors de cette session au Pont du Gard. À l'issue de ces journées, chaque élève reçoit un diplôme qui l'engage notamment à respecter - et faire respecter par ses parents - les places de stationnement réservées aux personnes handicapées.
L'initiative devrait se développer davantage l'année prochaine, comme l'ont souligné les élues nîmoises Chantal Barbusse, adjointe à l'action sociale, et Véronique Jouve-Sammut, déléguée aux handicaps. Une extension à Nîmes est déjà envisagée, prouvant le succès de cette approche pédagogique innovante qui transforme la perception du handicap chez les jeunes générations.



