Dans l'univers du luxe, une révolution silencieuse s'opère. Les créateurs Germanier et Ronald van der Kemp ont fait de l'upcycling leur signature, transformant des rebuts textiles en pièces de haute couture. Leur démarche, à la fois esthétique et éthique, séduit une clientèle de plus en plus soucieuse de l'impact environnemental de la mode.
Germanier : la mode comme un jeu de construction
Le créateur suisse Kevin Germanier, installé à Paris, utilise des perles et des sequins invendus, des chutes de tissus de grandes maisons de couture, pour créer des robes aux couleurs vives et aux textures surprenantes. Chaque pièce est unique, assemblée à la main dans son atelier du 10e arrondissement. « Je récupère des stocks dormants, des fins de série, des rebuts de production. C'est un matériau noble que personne ne veut plus », explique-t-il. Sa collection printemps-été 2026, présentée lors de la Fashion Week de Paris, comprenait 80 % de matériaux recyclés.
Ronald van der Kemp : le luxe de l'imperfection
Le Néerlandais Ronald van der Kemp, basé à Amsterdam, travaille lui aussi avec des invendus de luxe, des chutes de soie, des dentelles anciennes, des broderies abandonnées. Il les assemble en pièces uniques, souvent asymétriques, jouant sur les contrastes de matières et de couleurs. « L'imperfection est une forme de beauté. Chaque défaut raconte une histoire », affirme-t-il. Sa marque, fondée en 2014, produit des collections sans saison, selon un modèle de « slow fashion ».
Un marché en pleine expansion
L'upcycling de luxe connaît une croissance rapide. Selon une étude du cabinet Bain & Company, le marché des vêtements de luxe durables a augmenté de 15 % en 2025, représentant 8 milliards d'euros. Les consommateurs, notamment les millennials et la génération Z, sont prêts à payer plus cher pour des pièces éthiques et uniques. Germanier et van der Kemp en sont les figures de proue.
Des collaborations prestigieuses
Germanier a collaboré avec la maison Swarovski pour utiliser des cristaux invendus. Van der Kemp, lui, a travaillé avec des marques comme Levi's et des musées, dont le Rijksmuseum, pour réutiliser des textiles historiques. Ces partenariats renforcent leur crédibilité et leur visibilité.
Un défi logistique et créatif
Travailler avec des rebuts impose des contraintes : les quantités sont limitées, les matières hétérogènes. « Chaque pièce est un casse-tête, mais c'est ce qui rend le résultat si précieux », confie Germanier. Van der Kemp ajoute : « Il faut accepter de ne pas avoir le contrôle total. C'est un dialogue avec la matière. »
Leur succès inspire d'autres créateurs. La mode de luxe semble entrer dans une ère où l'éthique et l'esthétique ne sont plus incompatibles. Germanier et van der Kemp montrent que les rebuts peuvent devenir des trésors.



