Saintes : la renaissance de l'ancien hôpital Saint-Louis après vingt ans d'incertitudes
Saintes : la renaissance de l'ancien hôpital Saint-Louis

Saintes : le long chemin vers la résurrection de l'ancien hôpital Saint-Louis

Le mandat qui s'ouvre sera-t-il enfin celui de la renaissance pour l'ancien hôpital Saint-Louis à Saintes ? Cette question hante la ville depuis près de vingt ans, alors que quatre maires successifs se sont cassé les dents sur la réhabilitation de ce site emblématique qui domine la cité charentaise.

Une acquisition coûteuse et des projets sans suite

Achetée pour 4,1 millions d'euros en 2007 sous le mandat de Bernadette Schmitt (2001-2008), la friche de 2,4 hectares de l'ancien hôpital Saint-Louis, juchée sur un probable oppidum romain, a inspiré les édiles sans jamais concrétiser de véritables avancées. Les projections ambitieuses faisaient régulièrement les frais des changements de majorité municipale, laissant le site dans un état d'abandon prolongé.

Le premier projet avorté de Link City

Après une réflexion laborieuse, la précédente majorité de Jean-Philippe Machon avait opté pour la cession d'une partie du site à un promoteur immobilier. Link City, l'opérateur retenu, devait y aménager un restaurant dans la chapelle, une résidence pour personnes âgées et des commerces. Un compromis de vente avait été signé pour 1,2 million d'euros hors taxes, avec la promesse d'un investissement de 23 millions d'euros.

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Mais en 2020, en pleine campagne électorale, la vente fut stoppée net après que le tribunal administratif de Poitiers, saisi par La Coopérative du citoyen, annula la délibération du 7 novembre 2018. Comme l'a souvent répété Jean-Philippe Machon, alors maire et à nouveau candidat cette année, ce n'est pas le fond du projet qui fut désapprouvé, mais un point purement formel sur le non-déclassement à temps du domaine public.

Des dissensions politiques révélatrices

Cette décision judiciaire masquait cependant des tensions politiques profondes. La même délibération du 7 novembre 2018 avait été votée à bulletins secrets, à la demande des oppositions et de six élus d'une majorité déjà fragile. Le prix de vente et le flou entourant les obligations contractuelles de Link City avaient ébranlé la confiance au sein même de l'équipe municipale, tandis que le financement des fouilles archéologiques (2,5 millions d'euros) était brouillé par des annonces contradictoires.

Un nouveau départ sous Bruno Drapron

La décision de la justice administrative fut une aubaine pour Bruno Drapron, qui remporta la mairie en juin 2020. Le nouveau maire n'eut même pas à renégocier avec Link City. Dès la fin 2020, sa majorité engagea une nouvelle réflexion aboutissant, le 7 novembre 2023, à l'adoption par le Conseil municipal de la cession de 7 908 mètres carrés de l'îlot Bernard pour 1,4 million d'euros au promoteur Lacroix-Wasover.

Ce dernier, sélectionné parmi trois autres concurrents, prévoit un investissement de 24 millions d'euros pour créer 127 logements en démolissant le moins possible, dont de l'habitat social porté par la Semis (Société d'économie mixte immobilière de la Saintonge).

Nouvelles oppositions et consolidation du projet

Là encore, 13 des 14 conseillers d'opposition tentèrent, en février 2024, de suspendre la vente en saisissant le tribunal administratif en référé pour irrégularités dans la décision. Les opposants furent déboutés et renoncèrent finalement à porter le dossier sur le fond, permettant au projet d'avancer.

Récemment, un aménagement surprise est venu compléter le tableau : la Communauté d'agglomération de Saintes souhaite déménager la ludothèque intercommunale dans 543 mètres carrés qu'elle achètera 1,642 million d'euros (aménagement compris) à Lacroix-Wasover.

La partie centrale du plateau : un avenir culturel prometteur

Reste désormais la partie centrale du plateau de Saint-Louis, comprenant la chapelle, un cloître, le Logis du gouverneur et des bâtiments vacants. Durant ce mandat, une des ailes de l'ancien hôpital a été désamiantée et détruite pour ouvrir le site et la vue sur la ville.

Des animations ont déjà investi les lieux, avec en tête le festival Transe Atlantique. Depuis bien plus longtemps encore, le promontoire, cher aux Saintais, a inspiré des moments festifs comme les Mardis de Saint-Louis (ou historiquement les « Jeudis » sous Jean Rouger, maire de 2008 à 2014).

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Vers un tiers-lieu culturel et patrimonial

La majorité actuelle rêve d'un tiers-lieu qu'elle confierait à un opérateur privé. Elle projette notamment la création d'un Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine (CIAP), lié au label Ville d'art et d'histoire. Ce CIAP pourrait voir ses travaux débuter fin 2026 pour un coût estimé à 700 000 euros, selon les dernières annonces.

L'idée d'un pôle muséal figure également sur les plans, même si pour l'heure, comme le reconnaissent les observateurs, ce n'est encore qu'un dessin à défaut d'un dessein pleinement abouti. Après vingt ans d'incertitudes, l'ancien hôpital Saint-Louis semble enfin trouver sa voie, mêlant habilement développement immobilier, animation culturelle et valorisation patrimoniale.