Port de Saint-Laurent-du-Var : les usagers en colère manifestent contre les réformes
Port de Saint-Laurent-du-Var : colère des usagers contre les réformes

Port de Saint-Laurent-du-Var : une colère qui monte chez les usagers

La tension est palpable entre les usagers du port de Saint-Laurent-du-Var et la Métropole Nice Côte d'Azur. L'association Avenir port Saint-Laurent (APSLV), qui rassemble plaisanciers, commerçants et riverains, alerte sur plusieurs points du projet d'aménagement qui, selon elle, menacent directement la viabilité du port. Face à ce qu'ils qualifient de dialogue de sourds avec le concessionnaire métropolitain, les usagers ont décidé de passer à l'action : une manifestation est organisée samedi 28 mars 2026 à 10 heures au port même.

L'aire de carénage publique réduite à peau de chagrin

Au cœur des préoccupations, la réduction drastique de l'aire publique de carénage, cet espace essentiel pour l'entretien des bateaux. Christophe Tripodi, président de l'APSLV, explique avec amertume : « Historiquement, cet espace de 3 300 m² permettait d'accueillir jusqu'à une centaine de bateaux simultanément. Le nouveau projet le réduit à seulement 400 m², ce qui permet en pratique de sortir 5 à 10 petits bateaux maximum en même temps. » Un problème majeur pour un port qui compte plus de six cents bateaux de moins de 9 mètres.

Les usagers, souvent des retraités aux moyens limités, voient dans cette réduction un coup dur pour leur passion. À l'approche du printemps, l'aire n'étant toujours pas ouverte, ils craignent « un inévitable goulot d'étranglement pour la préparation de la saison estivale ». En attendant une promesse d'extension à 900 m² d'ici 2029, beaucoup se retrouvent contraints de passer par les services de l'exploitant privé Monaco Marine, avec des coûts supplémentaires.

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La Métropole Nice-Côte d'Azur conteste fermement ces accusations. Elle assure que la future aire de carénage sera « bien plus grande que celle qui existe actuellement, grâce à la suppression de la voie de circulation à l'arrière du chantier naval ». L'institution promet également qu'une « aire de carénage publique suffisante sera maintenue le temps des travaux ».

La suppression des barrières de sécurité : une aberration selon les plaisanciers

Autre point de friction majeur : la suppression programmée des barrières de sécurité qui isolent les bateaux du grand public. Installées il y a une dizaine d'années avec l'accord de la Métropole, ces barrières avaient selon l'ancien patron du port, Bernard Leporati, « prouvé leur efficacité en réduisant à néant les intrusions nocturnes ». Dans un port comptant de nombreux bars, elles avaient mis fin aux incivilités, dégradations et occupations illégales de navires perpétrées par des jeunes parfois alcoolisés.

« Les supprimer me paraît une aberration », confie un plaisancier. « Les barrières sont des éléments essentiels de sécurité passive. Une fois qu'elles sont installées, elles ne coûtent rien. » Christophe Tripodi réclame des garanties solides : « En enlevant les barrières il nous faut des garanties qu'il n'y aura pas la possibilité de monter sur les bateaux. »

La Métropole justifie cette suppression par une volonté de « requalification de cet espace qui est souhaité comme un espace ouvert et sans voitures ». Elle précise toutefois que les grilles « seront stockées et pourront être réinstallées si l'expérience ne s'avérait pas concluante ».

Explosion des tarifs et nouveau plan de circulation problématique

La grogne s'étend également à la nouvelle grille tarifaire basée sur des catégories strictes de longueur et de largeur. Selon l'association, cette approche entraîne « des hausses spectaculaires pour des différences de taille infimes ». Un bateau dépassant de seulement 5 centimètres la largeur d'une catégorie peut changer de tranche et se retrouver à payer 2 000 euros de plus par an. La Métropole indique qu'un inventaire est en cours et que de nouvelles catégories « seront débattues lors du prochain conseil portuaire ».

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Enfin, le nouveau plan de circulation suscite de vives inquiétudes. Il prévoit de faire passer promeneurs et véhicules à travers le chantier naval, au ras de la darse où les bateaux sont levés par une grue roulante. « Ça va être dangereux et lorsque l'on va enlever ou remettre les bateaux à l'eau, il va falloir couper la route », s'alarme Christophe Tripodi. La Métropole défend ce cheminement « bord à quai plus agréable surtout en soirée », arguant que « les manœuvres de la grue roulante sont très rapides et totalement absentes le week-end ».

Un contexte institutionnel complexe

Il est important de noter que la délégation de service public du port métropolitain de Saint-Laurent-du-Var a été attribuée à la CCI Nice Côte d'Azur en juillet 2025. La chambre consulaire est en charge de sa gestion et de son aménagement depuis le 1er janvier 2026, avec Sarah Castanie-Angue comme directrice d'exploitation. Cette transition institutionnelle complexe ajoute une couche supplémentaire aux difficultés de dialogue entre les différentes parties prenantes.

Face à cette situation, les usagers du port de Saint-Laurent-du-Var restent mobilisés. La manifestation du 28 mars 2026 représente pour eux un moyen de faire entendre leur voix et d'exiger des solutions concrètes pour préserver l'avenir de leur port bien-aimé.