Guéthary : le paradoxe des résidences secondaires à l'heure des municipales
Le Madrid a des airs de Glasgow. Il pleut sans fin dehors. À l'intérieur du bar emblématique de Guéthary, une poignée d'habitués s'est réfugiée au sec pour déjeuner. Derrière les vitres embuées, du gris à perte de vue. En contrebas, l'océan déchaîné. Jour d'hiver dans la plus petite commune du littoral basque, où la carte postale idyllique prend un coup. Le statut de premier village où « il fait bon vivre » dans l'Hexagone paraît loin, ce lundi 16 février. Pourtant, même par ces temps hostiles, Guéthary conserve un certain magnétisme.
Un électorat singulier : près d'un quart de résidents secondaires
Ces derniers jours, des médias parisiens ont débarqué avec caméras et micros : France Inter, France 2, BFMTV. Sujet principal, à l'approche des élections municipales : les résidences secondaires, qui représentent 51% du parc immobilier selon les derniers chiffres de l'Insee. Un record qui date de 1982 (54%) n'a certes pas été battu, mais la majorité a été franchie en 2022.
Les trois candidats ont répondu de bonne grâce aux sollicitations médiatiques, mais la lassitude guette à Guet'. « On peut en parler, mais on n'a pas construit notre programme là-dessus, glisse Cédric Curutchet. Cette question n'est pas nouvelle, on est plus ou moins à 50% depuis de nombreuses années », recontextualise l'adjoint à l'urbanisme sortant, qui se présente en tandem avec l'ex-opposant Benoît Lamerain.
L'enjeu ne résume pas la localité de 1 306 âmes, mais il est cependant légitime. D'abord parce que Guéthary n'échappe pas à la crise du logement au Pays basque. Ensuite parce qu'une partie de ces propriétaires s'apprête à peser sur le scrutin des 15 et 22 mars. La maire en partance, Marie-Pierre Burre-Cassou, a calculé : il y aura plus de votants potentiels que d'habitants à l'année.
« On est à 1 402 inscrits, dont 110 nouveaux sur les dernières semaines. Si on rapporte ça au nombre de résidents principaux en âge de voter, à peu près 1 100, on aura environ 300 résidents secondaires », explique-t-elle. Soit près du quart de l'électorat. Avec une abstention à 35% comme en 2020, le poids de cette population pourrait se rapprocher des 30 à 40%.
Un vivre-ensemble mis à l'épreuve
Le thème s'impose dans la campagne car le vivre-ensemble guéthariar aurait du plomb dans l'aile. « Tout le monde s'est toujours bien entendu mais il y a eu une dégradation du climat ces dernières années, lance Marie-Jeanne Sohier, une autre candidate. Les résidents secondaires ont été stigmatisés », déplore-t-elle. L'ancienne DRH de clinique de 66 ans, installée définitivement dans la commune depuis cinq ans, vise la municipalité actuelle et le duo de prétendants, qui « endossera son bilan ».
Pourtant, Cédric Curutchet et Benoît Lamerain font attention d'englober tout le monde. Ils sont les seuls à avoir fait une place à un résident secondaire sur leur liste. « Beaucoup d'entre eux travaillent à Pau, Tarbes, Bordeaux, Toulouse. Ils ont gardé une maison familiale ou acheté un pied à terre, avant de venir vivre ici à la retraite. Ils veulent la même chose que les résidents principaux : garder le village tels qu'ils le connaissent, vivant et dans un cadre protégé ».
Le troisième postulant Jean-Marie Tran-Van, 62 ans, se montre tout aussi conciliant : « Je ne vais pas cracher sur les résidences secondaires, elles font vivre l'économie locale ».
Le vrai clivage : le degré d'implication
Le clivage est en fait ailleurs, dans l'investissement supposé ou réel de chacun. Cédric Curutchet (43 ans) et Benoît Lamerain (39) se présentent en « enfants du village », connus sur les bancs de l'école, passés par à peu près toutes les associations culturelles et sportives. L'implication de leurs concurrents serait plus aléatoire.
Marie-Jeanne Sohier et les siens sont pointés du doigt : « J'ai sur ma liste le plus vieil adhérent d'Urkirola surf et la présidente du festival Classic », se défend-elle. Ancien président du club de pelote Olharroa, Jean-Marie Tran-Van est moins en cause. Davantage son allié Xavier Fourcade. « Il habite à Bidart », relève Cédric Curutchet. Il est aussi promoteur immobilier : « Je lui ai dit que s'il venait sur ma liste, il n'y aurait pas de projet immobilier avec lui pendant mon mandat, se prémunit-il. Mais c'est bien d'avoir un professionnel de l'immobilier avec soi, ça évite de faire des bêtises ».
« On ne voit pas ces gens aux conseils municipaux », regrette aussi le duo. Cet éloignement présumé des mécanismes complexes de la politique locale se retrouverait dans les reproches formulés. Jean-Marie Tran-Van et Marie-Jeanne Sohier fustigent la gestion financière. « Spirale épouvantable » pour l'un, « dérive budgétaire totale » pour l'autre.
Ils s'inquiètent particulièrement des acquisitions foncières de la mairie, visant à construire du logement. Notamment la dernière en cours, pour 1,9 million d'euros : l'ancien hôtel Eskualduna. « Il y a une erreur d'interprétation. C'est l'EPFL (Établissement public foncier local), qui a investi pour le compte de la commune, ce qui nous a permis de réduire la dette de 3,4 millions en 2020 à 2,4 en 2024 », leur oppose Cédric Curutchet.
Alors que Guéthary était premier village où « il fait bon vivre » jusqu'en 2024 avant de passer deuxième, la campagne municipale révèle les tensions sous-jacentes d'une commune où la loi permet de voter dans la commune où l'on paie des impôts même si on n'y réside pas à l'année. Un enjeu démocratique qui dépasse largement les frontières de ce petit village basque.



