Lille 2026 : Les candidats aux municipales dénoncent l'essoufflement de la ville
Une nouvelle ère politique se profile-t-elle à Lille ? Les candidats aux élections municipales de 2026 l'espèrent vivement, après la démission en mars de Martine Aubry, maire emblématique de la ville pendant vingt-quatre longues années. Son premier adjoint, Arnaud Deslandes, a pris les rênes de la capitale nordiste, mais le printemps prochain marquera seulement un an de son mandat. Pourtant, pour l'écologiste Stéphane Baly, qui n'a manqué que 227 voix en 2020 pour l'emporter, il n'est pas trop tôt pour dresser un premier bilan.
« Arnaud Deslandes est l'artisan des quatre mandats de Martine Aubry. Lille a besoin d'un nouveau souffle », affirme le candidat écologiste. « Ce mandat a plutôt été celui des maires planteurs d'arbres que des maires bâtisseurs. Mais c'est loin d'être une spécificité lilloise. Dans cette ville, on n'innove plus », déplore-t-il. Cet essoufflement est également dénoncé par les autres candidats, de l'Insoumise Lahouaria Addouche au LR Louis Delemer en passant par la macroniste Violette Spillebout. Tous appellent à un programme de rupture avec l'équipe sortante, alors que les sujets conflictuels ne manquent pas.
Mobilités : des avancées trop lentes
À partir du 12 janvier 2026, la Grand'Place de Lille sera réservée aux piétons et aux cyclistes roulant au pas. Les rues Saint-Étienne, Esquermoise et Pierre-Mauroy seront partiellement interdites aux voitures. « La piétonnisation de la Grand'Place n'est pas une punition envers les automobilistes », assure Arnaud Deslandes. Les visiteurs pourront se garer sur des parkings relais ou souterrains d'une capacité totale de 7 500 places.
Violette Spillebout, qui réclamait cette mesure depuis 2020, s'inquiète cependant de la méthode précipitée de la Ville, annoncée à seulement trois mois des municipales. Côté vélo, des pistes cyclables ont été aménagées sur le boulevard Carnot, la rue Solférino et la rue du Molinel. Stéphane Baly se réjouit de ces efforts mais estime qu'ils ont mis trop de temps à aboutir, les premières études datant de 2001.
Concernant les grands projets, l'arrivée de la future ligne de tramway de Lille et sa couronne, connectée aux deux lignes de métro et aux futures lignes de bus à haut niveau de service, reste incertaine. Avec un itinéraire de près de 25 kilomètres et 47 stations, son tracé fait débat. Stéphane Baly défend un passage par le centre-ville plutôt qu'un contournement périphérique, mais le projet accuse déjà plusieurs années de retard, avec une mise en service prévue pour 2035.
Logement : une crise profonde et durable
« La mère de toutes les batailles, c'est le logement », estime Arnaud Deslandes. Entre 2019 et 2024, les demandes de logements sociaux en attente sont passées de 15 000 à 25 000. Tous les types de logements sont concernés, admet le maire sortant. « La majorité municipale a failli sur ce mandat », tacle Stéphane Baly, qui souligne l'échec du plan de construction.
Dans ce contexte national morose, il faut activer tous les leviers possibles sans artificialiser de nouveaux terrains. Parmi les pistes étudiées : la transformation de bureaux vides en logements. Rue d'Hazebrouck, un ancien bâtiment de bureaux a été converti en neuf logements conventionnés. Boulevard Vauban, le siège de Malakoff Humanis sera métamorphosé en 150 logements, dont 45% de sociaux.
D'autres options incluent la reconquête des étages au-dessus des commerces dans le Vieux-Lille et le renforcement des contrôles sur l'encadrement des loyers. La friche Saint-Sauveur reste un point de discorde : Lahouaria Addouche y rêve d'un vaste poumon vert sans logements, tandis que Stéphane Baly y verrait une grande médiathèque et Louis Delemer un campus universitaire européen. Arnaud Deslandes maintient le projet de 2 300 nouvelles habitations et d'un parc de 3,4 hectares.
Sécurité : narcotrafic, effectifs policiers et caméras
Si les vols et violences ont globalement baissé en 2024 dans Lille-Lomme-Hellemmes, les cambriolages, violences sexuelles et vols de véhicules sont en hausse. « Les Lillois ne vont même plus porter plainte car ils pensent que ça ne sert à rien », déplore Violette Spillebout, qui dénonce un sentiment d'impunité face au trafic de drogue.
La députée aspire à augmenter le nombre de policiers municipaux à 250 minimum, mieux formés et armés, et à renforcer les brigades de médiation sociale. Les candidats de gauche misent plutôt sur la prévention, avec la création de haltes soins addictions pour accompagner les toxicomanes. Faustine Balmelle-Delauzun estime cette mesure urgente, mais s'oppose à l'armement de la police municipale, ce qui fait bondir Louis Delemer.
Concernant les caméras, Lille en compte actuellement 143, Hellemmes 34 et Lomme 6. Une étude municipale a révélé leur efficacité sur la délinquance et les comportements routiers. Arnaud Deslandes anticipe une centaine de caméras supplémentaires sur le prochain mandat, tandis que Louis Delemer plaide pour 800 à 1 000 caméras sur Lille-Lomme-Hellemmes.
Commerce : la flambée des loyers étouffe les commerces
Des fermetures annoncées et des locaux commerciaux vides en grand nombre, même dans les artères les plus passantes. Le food court Grand Scène a fermé début octobre, et l'équipe de l'Hirondelle a quitté le Bistrot de Saint-So en dénonçant un manque de dialogue avec la municipalité.
« Le commerce va mal partout en France, mais à Lille bien plus qu'ailleurs », pointe Violette Spillebout. Le taux de vacance commerciale en pied d'immeubles a doublé en vingt ans, atteignant 12,11% en 2024. Dans une pétition lancée en août, des commerçants appellent à un encadrement des loyers, certains représentant jusqu'à 85% des charges d'un commerce.
Le problème n'est pas nouveau : en 2022, Martine Aubry demandait déjà l'autorisation d'expérimenter un encadrement des loyers commerciaux. Faute de réponse, la municipalité a tenté d'appeler les bailleurs à la modération, sans succès. Arnaud Deslandes martèle la nécessité d'un encadrement sur le modèle des loyers résidentiels. Violette Spillebout et Stéphane Baly appellent quant à eux au lancement d'une foncière commerciale pour acheter des murs et proposer des loyers stables et accessibles.
Culture : l'avenir incertain de Lille3000
« On est au bout du modèle lille3000 », estime Faustine Balmelle-Delauzun. La septième édition, « Fiesta », s'est achevée en novembre, après avoir bénéficié de subventions municipales de 2,75 millions d'euros par an sur trois ans. « Ça fait beaucoup d'argent pour des événements vitrines qui ne profitent pas à tous les Lillois », regrette Lahouaria Addouche, qui préférerait redistribuer ces fonds aux petites associations culturelles locales.
Violette Spillebout et Louis Delemer partagent ces critiques, ce dernier appelant à une opération de contrôle des subventions. Arnaud Deslandes défend le dispositif, soulignant que 80% des subventions sont reversées aux structures culturelles de la ville. Hors des grandes parades de lille3000, Stéphane Baly déplore l'absence de cinéma indépendant et de politique de lecture publique, tandis que Génération.s plaide pour un meilleur accompagnement des artistes et l'assouplissement des règles sur la musique live dans les bars.
Social : des associations fragilisées et des enjeux de santé
La majorité des candidats constate un affaiblissement du lien entre associations et autorités publiques. « Elles sont moins considérées comme des partenaires que comme des prestataires », remarque Stéphane Baly, qui appelle à leur donner les moyens d'agir. Lahouaria Addouche s'inquiète de leur situation financière, avec des budgets de plus en plus contraints.
Cette ancienne travailleuse sociale défend la gratuité des repas à la cantine et des activités périscolaires, tout comme Violette Spillebout. Faustine Balmelle-Delauzun va plus loin en demandant l'expérimentation du revenu universel et d'une allocation autonomie pour les jeunes, ainsi que la réouverture des bains-douches municipaux fermés en 2019.
Sur le front de la santé, Arnaud Deslandes alerte sur la démographie médicale peu rassurante de Lille, où de nombreux professionnels peinent à trouver leur remplaçant à la retraite. Il planche sur la création d'un écosystème favorable pour inciter de nouveaux praticiens, spécialisés en santé mentale notamment, à s'installer. Violette Spillebout souligne le succès des Bus du cœur des femmes, qui proposent un dépistage cardio-vasculaire et gynécologique gratuit aux femmes vulnérables, et souhaite développer le dispositif sport sur ordonnance.



